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vendredi 10 décembre 2010

Les fridolinades de Gratien Gélinas (La guerre devant l’opinion publique III)

Par Robert Aird
Texte inédit

*****

Quelque part au front

Après le vétéran et le chômeur, Fridolin vient donner la parole au soldat. Oui, soldat au singulier puisque pour lui, il y a d’abord l’homme derrière le combattant. Le spectateur s’attend à un affrontement, au moment où un soldat français et un soldat allemand arrivent face à face sur le sommet du monticule. Attention, le Français sort un revolver de sa poche! Erreur! C’est un paquet de cartes! Et les deux soldats qui s’empressent de jouer paisiblement…Voici une illustration bien « fridolinienne » de l’absurdité de la guerre. Avant d’incarner des soldats ennemis, les deux types sont des êtres humains qui fraternisent sur leur condition humaine. Ce texte est clairement pacifique et cherche peut-être à faire mentir la propagande qui « démonise » les Allemands. Justement, on se moque de cette dernière issue des deux camps :

L’ALLEMAND
À propos de propagande, on est en train de vous préparer un nouveau tract. Quelque chose de tapé! On va vous envoyer porter ça en avion.

LE FRANÇAIS
Oui? Nous autres aussi, on vous en prépare un.

L’ALLEMAND
Eh bien, ça nous fera de la lecture! C’est désennuyant…

LE FRANÇAIS
Justement, j’en ai une copie

L’ALLEMAND
« Allemand, nous vous aimons bien. Un bon conseil : prenez garde à la Russie! »

LE FRANÇAIS
Qu’est-ce que tu en penses?

L’ALLEMAND
C’est drôle : il ressemble au nôtre.

LE FRANÇAIS
Oui?

L’ALLEMAND
Oui, on vous dit: « Français, nous vous aimons bien. Attention de ne pas vous faire jouer par les Anglais. »

LE FRANÇAIS
Nous devons avoir la même agence de publicité.

Alors que les deux soldats parlent de la visite de Chamberlain en France, accompagné par son secrétaire Daladier note ironiquement le Français, l’Allemand remarque « qu’on n’a pas vu Hitler » depuis longtemps.

LE FRANÇAIS
Oui? Dis donc, il y a une question que je veux te poser depuis longtemps…

L’ALLEMAND
Faut pas te gêner : on est assez amis.

LE FRANÇAIS
Franchement, là, qu’est-ce que vous pensez, vous autres, d’Hitler?

L’ALLEMAND
Franchement, là, qu’est-ce que vous pensez, vous autres, du choléra?

LE FRANÇAIS
Si on l’avait, on se purgerait.

L’ALLEMAND
Nous autres aussi. Seulement, qu’est ce que tu veux : pour le moment c’est lui qui tient la bouteille et la cuiller.

La conversation se poursuit sur le sort des civils qui sont pris directement pour cible par les bombardements, une caractéristique de la Deuxième Guerre mondiale. Le Français a refusé une permission pour ne pas se retrouver « à l’arrière, avec les civils », « en pleine zone dangereuse. »

LE FRANÇAIS
Chaque fois qu’un chat ronronne, ils croient que c’est un avion et se fourrent dans les abris! Je les trouve héroïques.

L’ALLEMAND
Décidément, après la guerre, il faudra leur élever un monument.

Le tableau se termine par l’arrivée d’un Canadien français quelque peu désorienté, qui ne sait pas trop ce qu’il vient faire dans cette galère. La chute de la scène se moque de l’expression « Défense nationale », un euphémisme pour remplacer « Ministère de la guerre » : « Oui…et puis je suis venu pour un machin…Voyons, comment c’est qu’il appelle ça Ernest (Ernest Lapointe, ministre fédéral), donc? Ah oui : la Défense nationale!

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