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vendredi 25 février 2011

Les Fridolinades. Les joyeuses commères de la rue Panet (la guerre devant l’opinion publique IV)

Par Robert Aird
Texte inédit


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Ce sketch pourrait s’intituler tout aussi bien « les avantages de l’enrôlement ». Non pas qu’on cherche ici à faire le relais de la propagande fédérale, bien que le gouvernement ne pouvait qu’y voir un bénéfice pour convaincre quelques réticents. Gratien Gélinas et ses auteurs ne font que refléter une réalité : la fin du chômage et la hausse substantielle des revenus pour ceux qui osent s’enrôler dans l’armée de réserve. Nous ne sommes qu’au tout début de la guerre et le gouvernement n’a toujours pas l’intention de la mobiliser pour l’envoyer au front.

« Les joyeuses commères de la rue Panet » décrit une scène typique de la rue montréalaise en été : les enfants qui jouent sur le trottoir et dans la rue, ainsi que les mères qui les surveillent dans leurs fenêtres ouvertes d’un second étage. C’est aussi un prétexte pour discuter de la pluie et du beau temps entre voisines. Dans ce cas-ci, le passage d’une parade militaire au sein de laquelle participe l’époux de madame Pitre, Joe. Sa voisine Laluette envie leur nouvelle situation, depuis que ce dernier s’est enrôlé : « Je peux pas dire comme je vous trouve chanceuse, vous, d’avoir un mari enrôlé! » Cette déclaration se veut sans doute ironique, au moment où le discours dominant demeure plutôt de contester l’enrôlement, la participation à la guerre et la menace de la conscription. Mais les combats sont lointains. Mme Pitre y voit une belle distraction, alors que Mme Laluette remarque : « Ben sûr, la guerre, c’est pas drôle pour tout le monde, mais…y en a pour qui c’est une vraie bénédiction! »

En effet, l’enrôlé en question a mis un terme à cinq années de chômage et gagne de l’argent. La guerre signifie la sortie de la crise économique et de la profonde misère pour de nombreux nord-américains. Et s’est également l’occasion d’en rire…Laluette remarque qu’il « se tient raide, hein, depuis qu’il est là-dedans! ». Pitre de répondre que le capitaine « a plus le tour que moi. » Une occasion supplémentaire pour écorcher les mœurs politiques de l’époque :

laluette
Comment ça se fait, donc, qu’ils ont accepté votre mari dans l’armée? Avec la potée de p’tits que vous avez, ils les prennent pas d’habitude.
[…]

pitre
Le général voulait pas! Seulement, j’ai été voir notre député, puis il a fait enrôler Jos par protection.

laluette
Cré yable! Vous avez du « pushing », vous autres!

pitre
C’est ben le moins : ça faisait trois élections que mon Jos travaillait « steady » pour lui!

Évidemment, il n’y a pas que des avantages, le mari étant souvent absent de la maison. Mais son épouse finit par y trouver son compte avec un sous-entendu qui devait chatouiller les oreilles pudiques de l’époque :

pitre
(Les yeux dans le vague.)Ben…à matin, j’aurais aimé ça qu’il vienne faire un tour…

laluette
(Les yeux ronds.) Ouais?

pitre
J’aurais ben voulu que…(Elle s’arrête, ravalant sa salive.)

laluette
(En espérant le pire.)…Que quoi?

pitre
(Se ressaisissant.) Qu’il vienne me déboucher mon « sink »!

laluette
(Ne lâchant pas.) Pis le soir, il vous manque pas?

pitre
Le soir?

laluette
Ben oui…le soir…le soir…

pitre
(Crie vers la rue.) Arsène, s’u le trottoir! J’te l’dirai plus! (À l’autre.) Regardez ça, madame Chose : huit-z’enfants…Ben! c’est une sacrée bonne affaire que le père couche à la caserne pour quèques soirs.

Ici, comme à son habitude, Gélinas termine la scène avec une chute comique. Ainsi donc, il existe des bons côtés à cette guerre pour les Canadiens français, contrairement à ce que stipule ses opposants. Dans « Les joyeuses commères de la rue Panet », c’est la voix du peuple, des gens modestes qui se fait entendre par le biais des comédiennes qui reproduisent en même temps une scène du quotidien de la vie urbaine. Ce sketch annonce d’une certaine façon la prochaine revue de Fridolin, « La croisade du rire ». Le rire de Fridolin n’est pas qu’une arme politique et sociale. Son rôle est aussi, et peut-être même surtout, régulateur, en ce sens qu’il renforce le moral des Canadiens français au cours de cette période trouble.   

vendredi 18 février 2011

Le site s'enrichit d'un forum de discussion

Afin de souligner encore une fois le premier anniversaire de ce site, nous vous offrons désormais la possibilité d'échanger avec d'autres passionnés des guerres mondiales sur notre nouveau forum de discussion. Vous y accéderez en cliquant sur le bouton prévu à cet effet à la gauche du site, ou en vous rendant à l'adresse forumquebecetlesguerres.org.

Il s'agit d'un projet en construction, et nous espérons que vous serez nombreux à contribuer au développement de cette nouvelle communauté de passionnés d'histoire du Québec et des guerres mondiales. Et comme toujours, vos commentaires et suggestions sont toujours appréciés.

En cas de problème de connexion, ou si vous êtes peu familiers avec ce genre de forum et souhaitez obtenir de l'aide, n'hésitez pas à contacter son administrateur en écrivant à admin@forumquebecetlesguerres.org.

Lucien Dumais, le plus célèbre des agents secrets canadiens-français. Les soldats de l’ombre (2)

Pierre Vennat
Texte inédit 

Suite de l'article Les soldats de l'ombre (première partie)

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Lucien Dumais demeure sans doute l’agent secret canadien-français le plus connu, sans doute parce qu’il est un des rares à avoir raconté ses souvenirs de guerre dans deux volumes. Mais, en toute justice, pour cet ancien sous-officier, promu capitaine par la suite lorsqu’on l’enrôla dans le Special Operations Executive (SOE) ou service secret britannique, ce sont les médias de la Deuxième Guerre mondiale, avec l’accord des officines de propagande et de la censure militaire, qui en ont fait un héros bien avant la fin du conflit.

Le sergent-major Lucien Dumais, arborant la moustache, le 11 mai 1940.

Lucien Dumais a vécu une guerre extraordinaire. Enrôlé au sein des Fusiliers Mont-Royal dès septembre 1939, il participa à l’occupation de l’Islande en 1940. Il participa au raid de Dieppe du 19 août 1942 avec le grade de sergent-major de compagnie. Capturé lors de l’opération, il s’échappa d’un train de prisonniers qui l’amenait en Allemagne dès le lendemain. Il regagna ensuite l’Angleterre après maintes péripéties et fut versé dans le service secret où on le dépêcha en Afrique du Nord, pour diriger des patrouilles à cheval qu’il mena à travers les lignes allemandes, déguisé en Arabe.

De retour en Angleterre, il fut permuté aux parachutistes au service de l’espionnage britannique. Parachuté en territoire occupé, il organisa des réseaux de résistance en Bretagne et en Normandie et, au moment de l’invasion, il traversa les lignes allemandes, rendit visite à son ancien régiment à Falaise, puis repassa les lignes et retourna assister la Résistance française en Bretagne. Promu capitaine, Dumais fut décoré de la Médaille Militaire (M.M..) et de la Croix militaire (M.C.) par les Britanniques et de la Liberty Medal américaine avec palme d’argent.

Dumais raconta que lui et deux camarades, le caporal Vermette et le soldat Cloutier, décidèrent de s’évader dès le 20 août, alors qu’on les avait embarqués à bord d’un wagon de bestiaux devant les mener en Allemagne.

Étant de langue française, les trois hommes estimaient avoir davantage de possibilités de s’évader en plein cœur de la France que leurs camarades anglophones.

Ils détachèrent donc des planches sous le wagon, attendirent que le train ralentisse et se laissèrent tomber le long de la voie ferrée. Malheureusement, bien qu’ayant entendu clairement la voix de Cloutier et sachant que ses camarades n’étaient pas très loin de lui, la proximité de gardes allemands empêcha Dumais de les rejoindre. Il les perdit de vue. Après avoir erré dans la campagne, il se résolut, dans la journée du 21, à approcher les habitants d’une maison de ferme.

vendredi 11 février 2011

La collection de véhicules militaires au Québec. Sauvetage d'une jeep Willys de la Seconde Guerre mondiale

Par Guy Bordeleau
Texte inédit

La collection de véhicules militaires au Québec remonte à environ une quarantaine d’années avec une poignée d’individus ayant un intérêt tout particulier pour l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. 

Qu’il s’agisse d’André Gibeault, Alain Dornier, Antoine Dorion et quelques autres dont les noms se seront perdus au fil des ans, cette passion qui a animé ces hommes n’a pu se révéler qu’au milieu de cercles fermés et entre connaisseurs capables d’apprécier la juste valeur de ce patrimoine unique en son genre.

Depuis les années 80, plusieurs vagues successives de collectionneurs ont fait leur apparition se lançant, tant bien que mal, dans le sauvetage et la réfection de véhicules militaires. Beaucoup furent interpelés par ce type de véhicules mais, en bout du compte, peu d’entre-eux eurent de véritables succès si bien qu’aujourd’hui, il y a moins d’une cinquantaine de collectionneurs sérieux au Québec. 

Cette réalité vient du fait qu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, une proportion importante des stocks de véhicules militaires américains sont demeurés en Europe dans le cadre du programme « Lend Lease ». Le Canada a également eu des ententes similaires avec la Grande-Bretagne, et certains autres pays du Commonwealth, si bien que le parc de véhicules militaires de l’Armée canadienne a été amputé de façon significative après la guerre.

mardi 1 février 2011

Lettre à Louis-Philippe Leblanc, private E-6218, compagnie “C” du régiment de la Chaudière, 1942 à 1945

Par Dominic Perreault
Texte inédit

Ce texte se veut un hommage au grand-père de l’auteur.

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Cher grand-papa,

Je t’écris cette lettre pour te donner des nouvelles de la Normandie. Même si tu vois peut-être tout de là-haut, où tu as retrouvé ta bonne sainte Vierge, voici ce que tu aurais lu à mon retour de voyage.

Samedi le 6 juin 2009 était le 65e anniversaire du jour “J”, date à laquelle après deux ans d’entraînement en Angleterre, tu débarquais en terre normande pour asséner le “coup du maître” aux armées du IIIe Reich. Tu es l’un des survivants de ce jour le plus long et tu as vécu une longue vie, ce malgré ta grave blessure reçue le 18 juillet suivant, dans la bataille finale pour la libération de Caen.

Donc, au jour dit, j’étais sur place pour une cérémonie organisée par le Centre Juno Beach de Courseulles-sur-Mer. C’est un lieu de mémoire et de culture sur le Canada ainsi que sa participation à la 2e guerre mondiale, situé dans le village voisin de Bernières-sur-Mer où tu as débarqué.

J’étais entouré pour l’occasion de vétérans qui, comme toi, faisaient partie des troupes de libération canadiennes. Tu me connais, tu sais quel honneur c’était pour moi de te représenter, tenant tes médailles comme gage de ta présence.

Tu te souviens, toutes les fois où tu répondais à mes intarissables questions? Toutes les fois où, pour rassasier ma curiosité d’enfant, tu revivais cet enfer? Là, j’étais parmi eux, me rappelant ta souffrance et, avec la maturité que l’on gagne en vieillissant, respectant la leur.

J’ai rencontré des fantassins et un marin qui a conduit le Chaudière sur les plages. Peut-être toi, qui sait? Aussi un pilote de char d’assaut et un artilleur. Leur accueil était intense et chaleureux, et ce malgré le décalage des générations.

Ils m’ont bien reçu parce que tu étais avec moi, mais aussi car je représentais, par ta mémoire, ceux qui sont disparus ainsi que ceux qui porteront la flamme du souvenir quand vous aurez tous pris votre repos du guerrier. J’étais si fier quand ce vétéran, M.Nelson Hilborn du Highland Light Infantry of Canada, m’a dit: « your grand father was one of the Chaud’s? They were damn good guys, real tough! »

Fier, mais triste aussi...

Qu’est-ce que la guerre t’as fait, grand-papa? Toi que j’ai connu doux et sensible. Crois moi, lorsque je me suis levé à la lecture de tes faits d’armes, j’avais le dos bien droit et ma poignée de main à Gordon Thompson, ministre des anciens combattants, était franche et fière, comme tu l’aurais voulu.

Après les cérémonies, j’ai suivi tes traces, tenté de voir de mes yeux les lieux dont tu m’avais parlé, sur lesquels j’avais lu. Bény-sur-Mer où j’ai salué la tombe de ton “chummy” Jean-Baptiste Lanteigne, abattu par un SS, Colomby sur Thaon, Rots, où tu as peut-être gravé ton nom sur le mur aux Canadiens. J’ai aussi vu Carpiquet, l’enfer que tu décrivais avec les yeux dans le vague. Témoin à travers les constructions neuves, il ne reste qu’un mur de la ville où tu as combattu si âprement la 12e Hitlerjügend SS.

J’ai tenté de voir avec tes yeux ,grand-papa, mais c’était impossible, cette époque vous appartient. J’ai vu avec les miens. J’ai vu la Normandie comme tu aurais voulu qu’elle soit. Avec ses vergers, ses pèlerins vacanciers, ses habitants bavards, décorant leurs maisons d’unifoliés.

Car ils ne t’ont pas oublié, ta mémoire est chérie et l’on m’a transmis pour toi de vibrants témoignages. Je me souviendrai longtemps de ces deux Normands me serrant la main avec les larmes aux yeux, des gens de ma génération à part ça.

Tu vis encore sur cette terre de France et les habitants te sont reconnaissants, 65 ans plus tard. Il y en aurait des pages à dire encore, mais comme je repars pour le Québec bientôt, je vais en rester là.

Je veux néanmoins te dire que je n’ai jamais cesser de croire à mon héros d’enfance, ce malgré ton absence et mes 36 ans.

Je te confie ceci en terminant: le seul irritant dans ces cérémonies était le retard de 35 minutes de notre Premier Ministre Stephen Harper. À voir tous ces vénérables guerriers de 85 à 93 ans attendre sous la froide pluie normande leur hommage, je n’étais pas fier. T’ayant connu comme un “rouge” ma foi assez foncé, je me suis dit que ce n’est pas là que tu aurais viré “bleu”. Ha!Ha!Ha!

Voilà, je t’en dirai plus dans ma prochaine lettre, mais en attendant je salue avec tendresse ta douce, ma belle grand-maman qui à travers tes blessures, autant celle physiques que morales, a elle aussi souffert de la guerre. Par chance elle est encore là pour nous empêcher de faire trop de bêtises!

Je t’aime et ne t’oublie pas, “lest we forget”.

Respectueusement, ton petit-fils Dominic.

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Des images associées au soldat Louis-Philippe Leblanc et à la visite de son petit-fils en Normandie sont disponibles dans notre galerie d'images.

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L’un des objectifs de ce site étant de promouvoir la mémoire des militaires canadiens-français, il est possible aux lecteurs qui le désirent de rédiger un hommage à un vétéran. Sous réserve, le site Le Québec et la Seconde Guerre mondiale pourra le publier. Pour toute information, contactez Sébastien Vincent (svincent16@hotmail.com).