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vendredi 25 juin 2010

Les Canadiens (français) et la défaite de la France

Par Sébastien Vincent

Texte initialement paru dans Histomag'44.Le magazine de la Seconde Guerre mondiale, no 65 (mai-juin 2010), p. 60-67. Reproduit avec la permission de l'éditeur.

Les chiffres entre parenthèses renvoient aux notes placées en fin de texte.


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Le 70e anniversaire de la chute de la France sera à peine souligné au Québec. Pourtant, les événements survenus en mai et juin 1940 ont eu un impact important au Québec et au Canada.

Quelle a été l’implication des Canadiens dans les opérations menées en France en mai et juin? Quel impact la défaite française a-t-elle eu sur la conduite du gouvernement canadien, sur l’opinion publique canadienne française et, fait inattendu, sur le monde de l’édition québécoise? C’est à ces questions que tente de répondre cet article(1).

Du côté militaire, on verra que les Canadiens stationnés en Angleterre ont essentiellement assuré la défense de l’île durant ces mois tragiques. Ils n’ont pas participé à l’évacuation de Dunkerque et leur passage en sol français s’est limité à une cinquantaine d’heures du côté de Brest, entre le 12 et le 14 juin.

On montrera ensuite que le désastre de Dunkerque et la défaite de la France ont conduit le gouvernement canadien à adopter en accéléré une série de mesures plaçant le pays en état de guerre. La première de ces mesures concerna la mobilisation des hommes pour le service de défense du territoire canadien.

Enfin, on soulignera que la chute de la France a eu un écho important dans les journaux et l’opinion publique des Canadiens français(2) et qu’elle a eu une conséquence inattendue pour les éditeurs du Québec. Ces derniers furent en effet appelés à prendre le relai de leurs homologues français qui ont dû composer avec les restrictions imposées par l’occupant allemand jusqu’à la libération.

dimanche 20 juin 2010

Le plus jeune soldat allié mort en Normandie était un Fusilier Mont-Royal âgé de seulement 16 ans

Par Pierre Vennat

Texte initialement publié dans La Grenade, revue régimentaire des Fusiliers Mont-Royal

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Trop peu de gens le savent, mais le plus jeune soldat allié tombé lors de la campagne de Normandie, Gérard Doré, était un membre des Fusiliers Mont-Royal, qui avait triché sur son âge pour s’enrôler et qui s’est fait tuer alors qu’il n’avait que 16 ans.

Né le 29 août 1927 à Val-Jalbert, au Lac Saint-Jean, Gérard Doré était le sixième enfant d’une famille nombreuse. Bien bâti pour son âge, l’adolescent était décidé à s’enrôler et à 15 ans, il quitta la maison familiale pour se porter volontaire en se joignant, le 3 avril 1943, à l’Artillerie royale canadienne, mentant sur son âge et faisant croire qu’il était né le 29 août 1924, bref se vieillissant de trois ans. Selon ceux qui l’ont connu, il semble en effet que cette recrue, mesurant 5 pieds 9 pouces et pesant 140 livres, aux yeux et cheveux bruns, pouvait passer aux yeux de la majorité pour un jeune homme de 18 ans.

Dans son dossier militaire, il est indiqué qu’il avait terminé sa 9e année d’études et que ses sujets préférés étaient l’arithmétique, le français et l’anglais. Il avait également déclaré aimer le baseball, le hockey, le tennis et la littérature. Il prétendait avoir quitté l’école à 17 ans et avoir travaillé comme commis dans une banque pendant sept mois et dans un bureau deux autres mois avant son enrôlement.

Le dossier de Doré mentionne également qu’il constituait une recrue « prometteuse » et qu’il avait un « potentiel de sous-officier ». On le considérait « alerte », « énergique », « ambitieux » et on mentionnait qu’il avait « très hâte de traverser l’Atlantique et de voir l’action. » Gérard avait même indiqué avoir un peu d’expérience de conduite et qu’il voulait conduire les chars du Corps blindé canadien.

D’abord artilleur, Doré suivait son entraînement de base à Lauzon, en face de Québec. Puis, au début d’octobre 194, il passa de l’artillerie au Corps blindé et fut envoyé au Camp Borden, en Ontario. Mais quelques jours plus tard, les autorités du Camp Borden ont plutôt suggéré qu’il soit affecté à une unité d’infanterie francophone. C’est ainsi qu’en novembre 1943, on le retrouva à Valcartier comme commis de bureau d’administration avant de s’embarquer pour le Royaume-Uni en mai 1944. Le 4 juin, on l’adjoignit aux Fusiliers Mont-Royal avec lesquels il débarqua sur le sol de France, le 6 juillet.

Du 6 au 23 juillet, Doré participa aux durs combats des Fusiliers Mont-Royal en Normandie et notamment à ceux des fermes Beauvoir et Troteval. C’est là qu’il fut mortellement touché, le 23 juillet, un mois avant son anniversaire de naissance et qu’on découvrit qu’il n’avait que 16 ans, ce qui en fait la plus jeune victime canadienne de la campagne de Normandie et de la Seconde Guerre mondiale. Il est enterré au Cimetière de guerre canadien de Bretteville-sur-Laize, près de Cintheaux, en France.

Au printemps de 1949, en présence du ministre canadien des Anciens combattants du temps, l’Amiral Fred J.-Miffin, du Colonel Fernand Mousseau, alors colonel honoraire des Fusiliers Mont-Royal, de M. Jean Doré, frère du Soldat Gérard Doré et de plusieurs autres, dont moi-même, la municipalité voisine Cintheaux a inauguré un monument, baptisé Place Gérard Doré, là où est tombé Gérard Doré, près de la Ferme de Troteval.

Gérard Doré, avant de partir pour le front.

La Place Gérard Doré a été érigée en plein champ, là où le jeune homme de 16 ans, originaire du lac Saint-Jean, est tombé en juillet 1944.

 
Le drapeau des Fusiliers Mont-Royal flotte maintenant fièrement au vent sur le site de la Ferme Troteval en Normandie.
Gracieuseté de La Grenade, revue régimentaire des Fusiliers Mont-Royal.


Dévoilée le 6 juin 2010, cette table d'interprétation explique aux visiteurs le rôle joué par les Fusiliers Mont-Royal dans la prise des fermes Troteval et Beauvoir des mains des Allemands en juillet 1944..
Gracieuseté de La Grenade, revue régimentaire des Fusiliers Mont-Royal.

mercredi 16 juin 2010

Hommage aux Fusiliers Mont-Royal à Troteval, 6 juin 2010

Par Frédéric Smith
Texte inédit

Aux grandes commémorations nationales se greffent quantité d’initiatives locales souvent moins connues du grand public. En Normandie par exemple, chaque village semble posséder sa plaque ou son monument en l’honneur de tel régiment américain, canadien ou britannique venu repousser l’occupant. Dans l’ombre des grands sites commémoratifs qui longent les côtes normandes, ces lieux de mémoire marient humilité et sincérité.

Les lecteurs de ce blogue seront peut-être intéressés d’apprendre que certaines initiatives d’apparence locale se révèlent parfois le fruit d’une collaboration internationale facilitée par les nouvelles technologies. C’est le cas notamment d’un lieu de mémoire aménagé à la ferme Troteval à Saint-Martin-de-Fontenay (8 km au sud de Caen), en hommage au sacrifice des Fusiliers Mont-Royal.

Grâce à l’initiative d’une jeune association de Français, de Belges et de Canadiens animés par le devoir de mémoire et regroupés autour du forum Le Monde en Guerre, la ferme de Troteval propose depuis le 6 juin dernier un lutrin d’interprétation relatant la coûteuse résistance de ce régiment canadien-français entre les 20 et 23 juillet 1944, face à un ennemi supérieur en nombre. Ce lutrin agit désormais en complément d’un monument inauguré un an plus tôt par cette même association de passionnés d’histoire.

Décimés lors du raid de Dieppe le 19 août 1942, les Fusiliers Mont-Royal (FMR) reposent le pied sur le sol français le 7 juillet 1944 et sont rapidement envoyés en renfort aux Queen's Own Rifles of Canada au sud de l'aérodrome de Carpiquet. En support à l'opération Goodwood lancée le 18 juillet pour dégager Caen, l’opération Atlantic requiert la participation des FMR qui ont pour mission de s'emparer d'un axe formé par les fermes Beauvoir (Cie B) et Troteval (Cie C) à St-Martin-de-Fontenay, ainsi que du hameau de Verrières plus au sud (Cie D).

Le 20 juillet, les trois compagnies reçoivent l’ordre d'avancer à moins de 150 m d’un barrage roulant d'artillerie, ce qu’ils accomplissent avec succès. Mais le 21, laissés à eux-mêmes et encerclés par la 12ème Panzer SS, les FMR essuient de lourdes pertes et voient leurs compagnies B et C totalement anéanties. Leur résistance fera tout de même gagner de précieuses heures aux bataillons de réserve qui reprendront définitivement les fermes de Beauvoir le 24, et de Troteval le 25.

Il ne subsiste qu’un mur original de l’ancienne ferme de Troteval, toujours propriété de la famille Frimout qui l’exploitait déjà en 1944. Plusieurs impacts de balles sur ce mur attestent d’ailleurs de la violence des combats qui s’y sont tenus. C’est à l’ombre de ce mur, le long de la D89, qu’a été inauguré un lutrin d’interprétation le 6 juin dernier en présence de deux représentants des FMR, le capitaine Jean Monette et le sergent Mario Castonguay, tous deux vétérans de la campagne d’Afghanistan. Une trentaine de membres de l’association à l’origine du projet, dont l’auteur de ces lignes, s’étaient aussi déplacés pour l’occasion.



Grâce à l'initiative des membres du forum Le Monde en Guerre, un monument et un lutrin d'interprétation rappellent désormais le sacrifice des Fusiliers Mont-Royal à Troteval, commune de Saint-Martin-de-Fontenay en Normandie. Le drapeau canadien a été gracieusement offert par le parlement d'Ottawa.
Photo : Frédéric Smith.

dimanche 13 juin 2010

Les conférences de Québec de 1943 et 1944

Par Carl Pépin

Voici le texte intégral de la causerie de l'historien Carl Pépin prononcée au Cégep de Limoilou le 31 mai 2008 dans le cadre du congrès annuel de l’Association des professeurs d’histoire de cégep du Québec.

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Bonjour Mesdames et Messieurs,

Tout d’abord, je tiens à vous remercier de votre présence et à remercier les organisateurs du congrès de l’Association des Professeurs d’Histoire de Cégep de cette province pour l’accueil qui m’est offert. L’une de vos collègues, Madame Martine Dumais, m’a contacté il y a de cela quelques semaines afin que je vous entretienne d’un sujet qui, je pense, saura trouver sa pertinence dans un contexte où la ville de Québec célèbre 400 ans d’histoire. En effet, dans la longue liste des événements d’importance historique qui ont marqué cette ville, c’est un honneur pour moi de venir vous entretenir des conférences de Québec de 1943 et 1944.


Vous n’êtes pas sans savoir que ces conférences se sont déroulées à une époque trouble de notre histoire. C’était une époque ravagée par la guerre, probablement l’une des guerres les plus sanglantes que le monde ait connues. Histoire de mieux saisir la teneur de ces événements, on peut peut-être rappeler le contexte, qui comme vous le savez, est toujours important lorsque l’on aborde les problèmes historiques.

J’ai donc divisé mon exposé en quatre phases: 1) le contexte de la guerre de 1939-1945; 2) que sont les conférences?; 3) les enjeux débattus; 4) le rôle du Canada.

En approfondissant ces points, l’accent sera surtout mis sur le fond, c’est-à-dire les enjeux qui auront été débattus, mais je ne ferme pas la place, s’il me reste du temps, pour parler quelque peu de la « petite histoire » entourant ces conférences.