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vendredi 24 septembre 2010

Hommage à Jean-Marie Leroy Matricule D141922


Par Guy Bordeleau *
Texte inédit

Jean-Marie Leroy 1945
Né le 3 avril 1924 en Belgique, Jean-Marie Leroy est arrivé au Canada alors qu’il n’avait que six ans. En Août 1943 alors qu’il était aux études à l’Université de Montréal, il s’enrôle dans les Fusiliers Mont-Royal et durant près de 12 mois, il effectue son entraînement à la base militaire de Farnham située en banlieue sud de Montréal. Bien qu’il ait reçu son entraînement d’officier, il a préféré demeurer simple soldat pour aller combattre avec ses compagnons d’armes.

Au début Juillet 1944, il s’embarque pour l’Angleterre et arrive en Normandie à la fin du mois d’août de la même année. Il subira son baptême du feu dans les combats pour la libération de Dunkerque et sera ensuite de tous les combats qui ont été livrés pour libérer les zones côtières de la France, de la Belgique et des Pays-Bas. Il participera à la bataille de l'Escaut, aussi connue sous le nom de bataille des digues, ainsi qu’aux combats pour la prise du canal d’Anvers-Thurnhout, de Woensdrecht, de Beveland, de Rhénanie, de Hochwald, de Xanten, du Rhin, de Groningen et d’Oldenburg.

Le 15 avril 1945, il sera blessé et ce sera pour lui la fin de sa guerre au cours de laquelle il aura perdu plusieurs de ses compagnons d’armes. Parmi ceux-ci, il y a eu son meilleur copain, le soldat Joseph Conrad Montcalm, tombé au champ d’honneur le 25 janvier 1945 près de Groesbeek. Le soldat Montcalm fut atteint d’une rafale de mitrailleuse mais n’est pas mort sur le coup. Il aura le temps de demander à Jean-Marie de venir l’aider mais, sous le feu ennemi qui faisait rage, il ne pourra que lui faire la promesse de revenir dès que possible. À son retour des combats, Jean-Marie apprendra que le soldat Montcalm est décédé et il vécu le restant de ses jours avec le poids d’une promesse qu’il n’a pu accomplir.

Joseph Conrad Montcalm et Jean-Marie Leroy
Aujourd’hui, nous sommes tous réunis pour permettre de remplir cette promesse faite il y a 65 ans à son meilleur compagnon d’armes, Joseph Conrad Montcalm. Ces deux soldats canadiens se retrouvent à nouveau ensemble au champ d’honneur et faisons en sorte de nous souvenir du sacrifice que ces deux hommes ont consenti pour vaincre l’antagonisme guerrier de deux peuples qui aujourd’hui sont amis et mutuellement appréciés.

Jean-Marie Leroy 2004
Lorsque je lui dis qu’il est un héros,
il me répond alors sereinement que ce n’est pas lui le héros
mais plutôt ceux qui sont tombés au combat au nom de la liberté.
Il enchaîne alors modestement,
comme seuls les grands hommes savent le faire,
en affirmant avoir accompli son devoir de simple soldat,
un point c’est tout.

Que la vie vous réserve encore bien des années
ou bien, telle une vague qui s'alanguit au terme de son éphémère existence,
vous soyez à l’assaut de votre dernière plage,
le temps vous arrache impitoyablement
de ceux qui vous sont reconnaissants.
Longtemps après que l’heure du crépuscule sera passée
et que vous aurez rejoint vos frères d’armes
à qui vous avez survécu,
nous nous souviendrons de vous.

*****

* Guy Bordeleau est ingénieur, M.Sc., coordonnateur de stages à l'École d'ingénierie de l'Université du Québec à Trois-Rivières.

vendredi 17 septembre 2010

Femmes tondues. France-Libération. Coupables, amoureuses, victimes de Julie Desmarais


Par Sébastien Vincent
 

Durant la Deuxième Guerre mondiale, tous les jours, et plus particulièrement aux abords les libérations, le rationnement est une préoccupation majeure des Français et leurs habitudes se modifient en conséquence. Les femmes, entre autres, ne peuvent plus se permettre d'accorder les mêmes soins à leur apparence et le manque d'argent pour s'offrir un shampoing ou une coupe de cheveux incite plusieurs d'entre elles à porter un turban. Pratique et tendance, le turban permet aussi à ces femmes de cacher les effets d'une nutrition déficiente sur leurs cheveux. Le temps des libérations (été 1944-printemps 1945) mettra toutefois un terme au port du turban en tant qu'accessoire mode.

Près de 20 000 femmes, perçues comme des « collaboratrices horizontales » par leur communautés, se font tondre les cheveux lors de manifestations s'intégrant dans les moments communs des libérations de la France. Les tontes se produisent dans la continuité de l'épuration extra-judiciaire, du pavoisement des drapeaux, de l'accueil enthousiaste des troupes alliées et du retrait de la signalisation installée par l'armée allemande. 

Des femmes tondues utilisent alors plutôt le turban pour cacher leurs crânes dénudés, devenus le symbole d'un acte de trahison. Leurs amies leur donnent parfois une mèche de cheveux pour qu'elles simulent une chevelure abondante, enroulée dans un turban. Ces femmes tondues sont humiliées lors de la manifestation, mais aussi lors des mois à venir, en attendant que la repousse de leurs cheveux efface les traces de l'épuration.

De ce temps des tontes, nous conservons quelques photographies et plusieurs récits dont la concordance ne peut que surprendre. À leur manière et sans encadrement particulier, chaque communauté reprend sensiblement les mêmes éléments, donnant ainsi aux tontes les allures d'un rituel. 

Plus du deux tiers de l'essai de Julie Desmarais constituent une solide synthèse des travaux de chercheurs français qui se sont finalement intéressés au phénomène des tontes que dans les années 1990. L'auteure recourt abondamment aux travaux pionniers d'Alain Brossat (Les tondues. Un carnaval moche, 1992), à l'imposante étude de Fabrice Virgili (La France « virile ». Des femmes tondues à la Libération, 2000) et à celle de Philippe Burrin (La France à l'heure allemande, 1995). Les deux chapitres consacrés aux acteurs, à la mise en scène et aux raisons ayant justifié cet humiliant rituel se veulent clairs, sans toutefois apporter d'éléments nouveaux à la connaissance du sujet.

Le dernier chapitre constitue, et de loin, la partie la plus intéressante de l'essai dont le style nous rappelle qu'il a d'abord été un mémoire de maitrise. Ce chapitre analyse l'image de la femme tondue à travers une cinquantaine d'oeuvres littéraires (mémoires, romans) et scientifiques (travaux d'historiens, de sociologues, de philosophes) parues entre 1942 et 2005. Ce chapitre démontre clairement le net décalage entre l'événement et ses représentations, une notion floue que l'auteure ne précise pas, comme cela est souvent le cas en sciences humaines. Julie Desmarais trace trois portraits de femmes tondues: la coupable, l'amoureuse et la victime. Il ressort clairement de son analyse que l'évolution des mentalités françaises est telle que l'image de la tondue se trouve désormais à l'opposé que ce qu'elle était immédiatement après la guerre. 

La Libération fut une époque de joie, de célébrations, mais aussi de débordements. Ce bref ouvrage nous le rappelle. 



samedi 11 septembre 2010

Du français pour les conscrits pour la défense du Canada

Par Pierre Vennat
Texte inédit

Le 7 octobre 1940, alors que le Canada s’engageait dans une deuxième année de guerre, le ministre de la Défense nationale, J. L. Ralston, faisait savoir que la milice du Canada cessait d’exister. Dorénavant, on ne parlerait plus que de « l’armée canadienne », qui se composerait de troupes actives et de réservistes.

« Quand ils se rendront dans les centres d’entraînement militaire, le 9 octobre, les jeunes Canadiens français y trouveront des officiers de leur nationalité, qui comprennent leur mentalité, leur esprit. »

Ainsi s’exprimait le sous-ministre adjoint des Services de guerre du canada, le major général Léo-Richer La Flèche, lors d’une conférence prononcée devant la Chambre de commerce de Saint-Hyacinthe, quelques jours avant le début de l’entraînement militaire obligatoire de quelque 30 000 jeunes Canadiens de 21 à 24 ans inclusivement, célibataires et veufs sans enfant, pour un entraînement militaire de 30 jours. Plus de 6 500 de ces jeunes gens, pour la plupart francophones, venaient notamment de la grande région de Montréal, de Sherbrooke et de la Vieille capitale.


Le major général Léo-Richer La Flèche

C’est donc en français que les jeunes conscrits du Québec ont subi un entraînement militaire de base dans les divers camps de la province du 8 octobre au 9 novembre 1940. Huit de ces camps étaient situés dans la région dépendant du district militaire de Montréal, soit à Valleyfield, Huntingdon, Sherbrooke, Farnham, Saint-Hyacinthe, Sorel, Joliette et Saint-Jérôme.

vendredi 3 septembre 2010

Québécoises dans l’armée

Par Pierre Vennat
Texte inédit

Si l’armée canadienne n’utilisa pas les femmes comme combattantes au cours de la Deuxième Guerre mondiale, plusieurs portèrent l’uniforme de l’armée. Sans compter les infirmières, qui elles formaient une classe à part et avaient tous le grade de lieutenant, de nombreuses autres servirent comme commis de bureau, spécialistes de transmission, chauffeures et ambulancières, etc.

Fondé depuis quelques mois à peine, le Women’s Auxiliary Reserve Corps (WARC) comptait déjà, en octobre 1940, plusieurs milliers de membres recrutés à Montréal, Québec et dans d’autres villes de la province.

L’unité avait reçut ses drapeaux le même mois, au manège des Fusiliers Mont-Royal. Un important camp de formation était établi à Sainte-Anne-de-Bellevue pour se femmes militaires.

La cérémonie d’octobre 1940 fut historique. C’était en effet la première fois qu’une cérémonie de remise officielle d’un drapeau régimentaire (cérémonie connue en anglais sous le nom de trooping the colours), était organisée par une unité féminine au Canada. L’unité était commandée par la major Sophie Elliott, assistée par plusieurs officiers canadiennes-françaises.

Plusieurs Canadiennes françaises occupaient des rôles de premier plan au sein du WARC au Québec. C’est ainsi que la capitaine Jeanne Germain était nommée secrétaire francophone et officier de liaison auprès de la presse canadienne.

Par ailleurs, parmi les organisatrices d’un gala militaire organisé en octobre 40 sous les auspices du WARC, on notait les lieutenants Gisèle Moreau, Bérangère Paré, Germaine Paré-Morin et la capitaine Julienne Saint-Mars-Gauvreau.

Une unité féminine d’élite

En octobre 1941, le major Élisabeth Smellie, membre du corps médical de l’armée active, vint expliquer à Montréal qu’elle s’était vue confier la tâche d’organiser une « unité féminine d’élite » au sein de l’armée canadienne.

On recherchait notamment des sténographes, des cuisinières des aide-dentistes, des chauffeures, des dessinatrices, des aides de laboratoires, des bibliothécaires, des mécaniciennes et des filles de tables. Les cours, promettait-on, seraient donnés dans les deux langues. Bref, il y aurait des cours en français pour les francophones.

La nouvelle unité comptait déjà 150 membres recrutés dans tout le pays, dont 12 Montréalaises de langue anglaise et deux francophones, Suzanne Masson-Simard et Madeleine Fortin. C’est à une Canadienne française, la major Cécile Bouchard, fille du sénateur Thomas-Damien Bouchard, de Saint-Hyacinthe, qu’on confia le commandement en second du Corps auxiliaire féminin de l’armée canadienne (CWAC).

C’est ainsi qu’on vit des femmes en uniforme dans les bureaux de l’administration, dans les laboratoires, au volant de camions, à la conduite de motocyclettes, dans les cuisines, dans les mess. Ces femmes permettaient aux hommes d’accomplir d’autres tâches, d’accepter des travaux demandant un effort physique plus grand.

Les recrues du CWAC suivaient un entraînement d’un mois à Sainte-Anne-de-Bellevue, où elles apprenaient les règlements, les traditions et l’étiquette de l’armée. Celles qui voulaient devenir officiers devaient suivre en plus un entraînement spécial et être soumises à une discipline des plus sévères.

Le sergent Marie Frémont donnait un cours de premiers soins en français. Le sergent Thérèse Mercier servait également comme instructeur, tout comme le sergent Yvonne Lantagne, responsable francophone du cours de cartographie. Le lieutenant Marcelle Delage commandait un peloton et la caporale Rose Roy agissait come assistante du quartier-maître.

Toutefois, il ne faudrait pas surestimer la participation des Canadiennes françaises aux unités féminines de l’armée. À la mi-avril 1942, au centre d’entraînement du CWAC à Sainte-Anne-de-Bellevue, sur172 auxiliaire du CWAC, on ne comptait que 12 Canadiennes françaises à l’entraînement au Collège Macdonald.