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samedi 25 juin 2011

Henri Benoit s’est fait offrir la mairie de Reims. Les soldats de l’ombre (8)

Par Pierre Vennat
Texte inédit

Les exploits d’Henri Benoit lui valurent tout un article avec sa photo dans le quotidien montréalais La Presse du 22 décembre 1944. On y signalait qu’Henri Benoit, un Québécois, n’aurait jamais soupçonné, un an auparavant, le rôle qu’il devait jouer dans l’invasion de la France.

En 1942, il menait, le soir, la vie calme d’un militaire de l’arrière, en tant que cadet membre du Corps École des Officiers Canadiens (COTC) de l’Université de Montréal. Le jour, il travaillait comme électricien pour le compte de la compagnie de tramways afin de payer les études universitaires qu’il menait en cours du soir.

Il s’enrôla quelques mois plus tard dans l’active, fit son cours d’officier à Brockville, puis fut nommé instructeur à Farnham.  Âgé de 35 ans, il croyait bien devoir demeuré là jusqu’à la fin de la guerre. Il reçut finalement l’ordre de partir outremer, non pas pour se joindre à l’infanterie, mais bien pour y suivre un cours de parachutiste. On le versa ensuite dans le service secret et on décida de l’envoyer en France préparer l’invasion.

Benoit fut parachuté dans la région de Lyon, mais devait travailler à Reims. Il avait comme seul compagnon un radiotélégraphiste sud-africain qui avait vécu 13 ans à Paris avant la guerre. Ses instructions étaient de ne pas s’attarder à organiser le maquis, tâche confiée à quelqu’un d’autre, mais plutôt de repérer et pointer des objectifs stratégiques pour que l’aviation alliée puisse les bombarder.


Le début de sa mission fut difficile et dangereux. En effet, Benoit ne savait pas à qui s’adresser à Reims où, selon ses instructions, il devait établir un réseau d’espionnage capable de découvrir où les Allemands cachaient leurs défenses avec énormément de soin. Il n’y connaissait personne, pas plus que la ville. Toutefois, il savait que la Gestapo y était très présente.

Après avoir trouvé une chambre, il entra dans un bar, discuta avec le patron, s’assura de son patriotisme, mais quand il lui offrit de travailler pour lui, celui-ci se rebiffa, le prenant pour un agent de la Gestapo. Ayant retrouvé son télégraphiste à 20 kilomètres de là, il réussit à lui faire confirmer son identité par la BBC et put enfin, après quelques jours, rassurer le tenancier du bistro. Celui-ci envoya sa femme à la campagne, ferma son bistro et consentit à suivre Benoit.

La Gestapo était très présente dans la région et s’était assurée, grâce à de l’argent et des menaces, la collaboration de plusieurs Français. Elle était sans pitié pour ceux trouvés coupables de participer à la Résistance. Chaque soir, Benoit, qui couchait dans un hôtel en face de la kommandatur, pouvait entendre les cris horribles d’hommes et femmes torturés par la Gestapo.

Après de nombreuses recherches menées en juillet 1944dans la région, Benoit découvrit à Rilly-la-Montagne, petit village situé à cinq kilomètres de Reims, la base d’où les Allemands lançaient leurs avions-robots V-1 qui semaient la terreur à Londres et d’autres villes britanniques. Les Allemands avaient creusé un tunnel de 13 kilomètres sous la montagne et y avaient enfoui ces fusées meurtrières. Ayant découvert le pot aux roses, Benoit s’empressa de télégraphier à Londres. Dès le lendemain, des avions alliés bombardèrent la montagne et finirent par détruire complètement le tunnel, le rendant ainsi inutilisable pour les dangereux V-1.

Benoit travaillait non seulement le jour à espionner ici et là, mais la nuit il se livrait à divers actes de sabotage avec un maquis de quelque 700 à 800 membres, notamment en bloquant des routes, faisant sauter des ponts, des poteaux de téléphone ou des entrepôts de munitions.

Pour couper les communications reliant Reims au quartier-général de Berlin, Benoit se procura de l’acide sulfurique sur le marché noir, trouva l’emplacement des fils, versa de l’acide sulfurique dessus et réussit à dissoudre le métal, interrompant ainsi les communications à quatre jours avant l’arrivée des troupes américaines dans la région, le 7 septembre.

Reconnu comme héros par les gens de Reims, Benoit se fit même offrir la mairie après l’arrestation du maire en place pour collaboration avec l’ennemi. Revenu au pays quelques mois plus tard, Benoit déclara qu’il aurait été prêt à repartir et recommencer.

Ses exploits lui valurent la Croix de Guerre avec palme de la part des Français, tandis que les Britanniques l’ont fait Membre de l’Ordre de l’Empire Britannique (MBE).

samedi 18 juin 2011

Pierre Meunier au pays des amours de son père. Les soldats de l’ombre (7)

Pierre Vennat
Texte inédit

Lorsque le capitaine Pierre Meunier fut parachuté en France pour prendre contact avec la Résistance française afin de lui fournir les armes nécessaires pour aider l’avance des Alliés et lui enseigner leur maniement, c’était pour lui un retour aux sources, puisqu’il était, en effet, né en France.

Pierre Meunier avait alors 27 ans et comptait déjà dix ans d’ancienneté dans les Forces armées canadiennes. Il s’était enrôlé à 16 ans dans les Canadian Grenadiers Guards. Son père, Henri Meunier, journaliste à La Presse, avait servi en France avec l’armée canadienne durant la Première Guerre mondiale, y avait épousé une Parisienne d’origine alsacienne, laquelle avait accouché de Meunier en sol français avant de rejoindre son époux au Canada.

Après avoir servi dans les Canadian Grenadiers Guards, Meunier fut versé aux Fusiliers Mont-Royal au début de la Seconde Guerre mondiale. C’est en tant que membre de ce régiment qu’il a traversé outremer. Passé aux services spéciaux, il fut parachuté non pas une, mais deux fois en France occupée.

Sa première descente se déroula sans problème et fut couronnée de succès. Il eut vite fait de se mettre en contact avec les forces de la Résistance. Des généraux lui demandèrent, comme à d’autres officiers canadiens parachutés derrière les lignes, des conseils sur leurs plans de bataille. Peu après le débarquement en Normandie, sa mission terminée, le capitaine Meunier retourna en Angleterre.

Peu après, on décida à nouveua de le parachuter en France. Cette fois, la sauce faillit se gâter. Le vent l’expédia à huit kilomètres de l’endroit où devait tomber son parachute. De plus, il pleuvait, il faisait noir et Meunier ne savait pas exactement où il se trouvait, ni s’il était tombé en plein milieu des positions allemandes.

Marchant au hasard, Meunier frappa à la porte d’une ferme, mais le propriétaire, méfiant, ne voulut pas lui ouvrir. Heureusement, Meunier était porteur d’une lettre du haut commandement allié. Il prit la chance de la montrer au fermier, qui accepta finalement de le laisser entrer chez lui pour la nuit. Il le mit en contact le lendemain avec des représentants des Forces françaises de l’intérieur des environs. Meunier put ainsi rejoindre, bien qu’en retard, son objectif.

Au cours de ce deuxième voyage en France occupée, il réussit, avec l’aide de l’ambassadeur de Suisse auprès du gouvernement de Vichy, à convaincre le commandant d’une petite ville française de capituler sans y faire de dommages. Les Allemands ne voulaient pas se rendre aux résistants, qu’ils considéraient comme des « terroristes » mais, apprenant que les maquisards étaient commandés par un officier canadien, ils acceptèrent de déguerpir sans faire le coup de feu.

Meunier garda un très bon souvenir de ses séjours en France et des Français de la Résistance. Il se souvint également avec émotion des fleurs présentées par des fillettes, alors qu’il s’était pourtant amené dans leur ville sans s’annoncer.

samedi 11 juin 2011

Pierre Chassé, le jeune colonel qui capturait des généraux. Les soldats de l’ombre (6)

Pierre Vennat
Texte inédit

Avec tous les récits et les films authentiques ou romancés présentant la Seconde Guerre mondiale, il est presque inconcevable que personne n’ait songé à rédiger une biographie du colonel Pierre Chassé, ancien commandant du Royal 22e Régiment de 1960 à 1962.

En effet, il fut le seul officier canadien à avoir personnellement capturé un général allemand sur le front européen et un général japonais sur le front du Pacifique au cours du même conflit.

Pierre Chassé a eu pour père, le lieutenant-colonel Henri Chassé, titulaire de l’Ordre du Service distingué (DSO) et de la Croix militaire (MC) et pour frère, le lieutenant-colonel Henri Chassé. Tous deux furent commandants du Royal 22e Régiment, le premier entre 1920 et 1924 et le second de 1965 à 1967, une première dans l’histoire militaire canadienne.

Pierre-Édouard Chassé connut une carrière militaire peu orthodoxe. Il dirigea des opérations de sabotage derrière les lignes ennemies d’abord en France contre les Allemands, puis en Birmanie et en Malaisie contre les Japonais. Puis, la guerre contre ces derniers étant terminée, il commanda des troupes japonaises, à l’automne 1945 contre des communistes malais qui tentaient de s’emparer de ce pays.

Chassé fut le seul officier d’active parmi les 28 Canadiens qui servirent derrière les lignes ennemies en France, durant la Seconde Guerre mondiale. Il fut recruté en 1943 par le Special Operations Executive (SOE) pour s’entraîner en vue du travail clandestin derrière les lignes ennemies.

Il entama sa carrière militaire dans la réserve à l’âge de 17 ans, puis il transféra dans l’armée active en 1941. Il y demeura jusqu’aux années 1960.

En Italie, malgré son jeune âge, Pierre Chassé commanda une compagnie du Royal 22e Régiment, avec le grade de major, lorsque, avec son adjoint Pierre Labelle, il se fit demander s’il serait prêt à agir comme officier de liaison auprès des Forces françaises libres.

Ayant répondu affirmativement, il se fit interviewer par le major Robert Searle, lequel lui avoua travailler dans le fond pour le SOE et leur offrit de servir derrière les lignes avec les Forces françaises de l’intérieur. Les deux hommes étaient fatigués de combattre dans une guerre conventionnelle sur le front italien. On les envoya alors à Alger, en Afrique du Nord, que les Alliés avaient libéré, qui était alors partie intégrante de la France, et ville mi-arabe, mi-française.

En militaire expérimenté, Chassé n’eut pas besoin d’un long entraînement. Des instructeurs français s’appliquèrent plutôt à le transformer en Pierre Duval, artiste français, ce qui était d’autant plus vraisemblable que Pierre Chassé était un véritable peintre amateur de talent. On lui enseigna les habitudes des Français, leur façon de se comporter à table, de tenir leur cigarette, l’argot et un sergent américain l’initia au parachute. Pendant ce temps, il eut droit à des visites du major général Georges Vanier, qui agissait alors comme représentant personnel du Canada auprès des Forces françaises libres et du général Charles de Gaulle.

On parada Chassé dans les rues d’Alger de façon à vérifier si les habitants de cette ville pouvaient, en différentes situations, s’apercevoir ou non qu’il n’était pas Français. Une fois qu’on fut rassuré qu’il passait bien pour Pierre Duval, il fut parachuté en Ardèche en février 1944 en compagnie d’un colonel des Forces françaises libres chargé de tenter d’amener les résistants de la région, divisés entre communistes et anti-communistes et anti-communistes, à s’unir sous une même bannière. Chassé devait faire la liaison entre les forces alliées et la Résistance française.

Cette partie de la mission fut moins réussie, car les querelles internes continuèrent jusqu’à la Libération. Cependant, les opérations de sabotage contre les Allemands furent une réussite. C’est ainsi que, le 25 août 1944, jeune lieutenant-colonel à titre intérimaire, Pierre Chassé reçut la reddition d’un général allemand, peu friand de se rendre à des partisans dont l’absence de discipline lui faisait craindre pour la sécurité de ses hommes. Chassé garda ces prisonniers pendant un mois avant de les livrer à l’armée régulière française qui avait entre-temps débarqué sur le sol de France et gagné enfin l’Ardèche.

De l’Europe à l’Asie

Après plusieurs mois derrière les lignes, Chassé n’avait guère le goût de retourner aux activités routinières d’une armée plus conventionnelle, peu friande de toute façon de recueillir immédiatement un officier aux méthodes aussi peu orthodoxes et habitué à travailler de façon non conventionnelle. C’est pourquoi il accepta l’invitation du SOE de continuer ses opérations clandestines, cette fois-ci contre les Japonais sur le front du Pacifique.

Quelques autres officiers francophones ayant servi avec le SOE furent choisis en même temps que lui. Il est quelque peu étonnant qu’on n’ait pas songé à eux en Indochine, colonie française, au lieu de les envoyer sur le front de Birmanie, eux qui ne parlaient aucune langue orientale, n’avaient jamais mis les pieds en Asie et ne connaissaient pour ainsi dire rien à la guerre de la jungle.

Quoi qu’il en soit, Chassé s’embarqua sur un navire à Liverpool, le 24 janvier 1945, à destination de Bombay qu’il mit un mois à gagner.

Après avoir traversé l’Inde, Chassé passa les mois de février et de mars 1945 à l’Eastern Warfare School, puis à l’École de guerre de la jungle à Ceylan. Chassé était considéré comme un bon candidat pour combattre derrière les lignes ennemies japonaises. Il était brave, expérimenté et expert en communications sans fil, en sabotage et en opérations de guérilla. Mais, faut-il le rappeler, il ne connaissait rien à la jungle ni aux habitudes et coutumes des gens qui y vivaient.

En mars et en avril 1945, après avoir été parachuté en Birmanie, revêtu d’un uniforme de jungle d’officier australien, Chassé combattit derrière les lignes en tentant de rallier les différents éléments de la résistance birmane, à l’ouest de Rangoon, la capitale. Il avait avec lui deux opérateurs radio et un officier britannique. Il devait se livrer à diverses activités de sabotage et renseigner les Alliés sur les effectifs japonais encore en puissance en Birmanie.

Les Japonais quittèrent la Birmanie plus vite que prévu. C’est sans gloire que Chassé et son équipe parvinrent à Rangoon et qu’on décida de les envoyer, cette fois-ci, en Malaisie.

En Malaisie, la tâche semblait plus difficile. En effet, non seulement devait-il lutter contre les Japonais mais aussi contre les communistes malais qui, en guerre contre les Japonais, ne voulaient aucunement de la suprématie britannique. Ils souhaitaient plutôt instaurer un régime communiste en Malaisie en déclenchant une véritable guerre civile contre les Britanniques et le pouvoir des rajahs.

En juillet 1945, Chassé fut donc parachuté dans la jungle malaise. Il réussit à éviter les patrouilles japonaises. Bien que les Japonais capitulèrent officiellement en août 1945, à la suite du bombardement atomique sur Hiroshima et Nagasaki, la situation était loin d’être réglée pour lui et pour la Malaisie en général.

De fait, il fallait libérer le rajah qui s’était réfugié en Thaïlande où certains éléments de l’armée avaient fait la lutte commune avec les Japonais. Puis, il fallait réinstaurer son autorité en Malaisie où les troupes communistes avaient entamé une guerre civile qui devait durer de longs mois. Enfin, il fallait désarmer des troupes fanatiques japonaises qui, réfugiées dans la jungle, refusaient d’admettre que leur empereur avait donné l’ordre de capituler.

C’est là que Chassé, accompagné d’une équipe de seulement quatre militaires réguliers, reçut la reddition d’un général japonais et de ses troupes. Drôle de reddition, d’ailleurs, puisque Chassé dut emprunter et commander les troupes japonaises vaincues relevant de ce général pour ensuite assurer l’ordre dans la partie de la Malaisie qu’il commanda jusqu’en octobre 1945, soit deux mois après la fin officielle de la Deuxième Guerre mondiale.

Constatant que la guerre civile en Malaisie durerait certainement des mois et ne voulant nullement faire carrière comme officier britannique dans la jungle, Chassé demanda de revenir au Canada en octobre 1945. Il rejoignit le Royal 22e Régiment, qu’il devait commander ultérieurement lui aussi, comme l’avait fait auparavant son père et son frère.

Pierre Chassé se retira de l’armée à la fin des années 1960 avec le grade de colonel et alla s’établir en France, en suivant les traces de… Pierre Duval, le patronyme qu’il avait emprunté dans la clandestinité. C’est comme marchand de tableaux qu’il débuta une seconde carrière!

samedi 4 juin 2011

67e anniversaire du débarquement en Normandie

Par Sébastien Vincent

Le lundi 6 juin 2011 constituera le 67e anniversaire du débarquement des troupes alliées en Normandie. Rappelons que des milliers de Québécois prirent part à l'opération OVERLORD, que ce soit dans les unités de parachutistes, dans l'aviation, la marine ou l'infanterie. Un seul régiment d'infanterie canadien-français participa au débarquement en tant que tel: le régiment de la Chaudière. Celui-ci débarqua sur la plage Juno, secteur Nan White vers 8 h 30, en face de Bernières-sur-Mer. Le débarquement en Normandie inaugura le vaste mouvement de libération de l'Europe de l'Ouest tandis que les Soviétiques menaient des combats infernaux contre la Werhmacht sur le front de l'Est. En ce sens, il constitue un des moments clés de la Seconde Guerre mondiale.

À l'occasion de cet anniveraire, l'équipe du site Le Québec et les guerres mondiales vous invite à consulter notamment les articles suivants:

La blonde Sonia Butt, reine des Amazones modernes. Les soldats de l’ombre (5)

Pierre Vennat
Texte inédit

Guy d’Artois avait pour épouse le lieutenant parachutiste Sonia Butt. Celle-ci a accompli derrière les lignes le même travail que lui. Seul couple jamais chargé d’une mission semblable par les services secrets britanniques, leur expérience constitue un événement unique dans l’histoire de la guerre, digne d’un roman de cape et d’épée. La Presse du 22 décembre 1944 a baptisé Sonia Butt de « reine des Amazones modernes ».

La vie a d’étranges surprises. Pour le capitaine d’Artois et le lieutenant Sonia Butt, elle a pris le dehors d’une fin séduisante.

Guy d’Artois,  membre du Corps d’école des officiers canadiens (COTC) à l’Université de Montréal, a franchi l’Atlantique dès le début des hostilités. Revenu en Amérique, il participa notamment à la conquête de l’île de Kiska, dans les Aléoutiennes, au printemps de 1943, puis il retourna outremer et subit un entraînement spécial pour être parachuté en France.

Au début de la guerre, Sonia Butt, qui n’avait que 15 ans, étudiait dans un couvent français en Italie. Aussitôt rentrée en Angleterre, bien qu’adolescente, elle entra dans le corps auxiliaire de l’aviation (WAAF) pour, subséquemment, subir elle aussi un entraînement spécial pour être parachutée en France.

Dans l’exercice de leur fonction, d’Artois et Sonia Butt se rencontrèrent.

Sans le savoir, les autorités militaires facilitèrent cette délicieuse idylle naissante : elles désignèrent les deux jeunes gens à suivre leurs cours de parachutisme ensemble.

Ce fut le coup de foudre. 

Sonia Butt 
Du strict point de vue militaire, Guy D’Artois et Sonia Butt n’étaient pas considérés comme un couple marié par les autorités militaires qui ne tinrent pas compte de leur statut matrimonial et leur assignèrent des missions séparées, se trouvant ainsi à donner un caractère tout à fait unique, original et exclusif, à leur commune carrière.

D’Artois reçut le premier l’ordre de partir pour la France. Aussitôt parachuté, il se mit à la besogne. Cinq jours plus tard, le lieutenant-parachutiste Sonia Butt reçut un ordre semblable Ayant fait ses études dans un couvent de religieuses françaises, chez les Sœurs de la Sainte-Trinité et catholique, elle pouvait facilement passer pour Française. C’est donc sous l’identité d’une Parisienne prénommée « Marcelle » qu’on l’envoya en Sarthe où elle réussit à circuler librement sans éveiller les soupçons.

Sans recevoir de nouvelles l’un de l’autre, le couple d’Artois-Butt se consacra à ses missions, chacun de son côté. Pendant que l’époux capitaine sabotait les installations allemandes, l’épouse lieutenant désorganisait les défenses de l’ennemi.

Peu de femmes ont reçu semblable mission du commandement allié de Londres. Chose certaine, Guy d’Artois et Sonia Butt formèrent le seul couple marié qui fut parachuté en France et qui a dirigé des opérations de maquis.

La chose est unique dans toute l’histoire de la guerre.

Leur mission couronnée de succès après quelque six mois, d’Artois et son épouse devenue Canadienne entre-temps, repassèrent en Angleterre. Ayant bien mérité un peu de repos après avoir connu nombre de dangers et d’aventures, ils arrivèrent au Canada en décembre 1944. Le lieutenant Butt fut alors démobilisée, mais le capitaine d’Artois, après quelques temps de repos, reprit du service jusqu’à la fin de la guerre.

Butt avoua qu’elle se trouva un jour dans une situation très embarrassante. Peu après le « Jour J », quelques militaires allemands entourèrent la voiture qu’elle conduisait alors qu’elle voyageait en compagnie d’autres membres de son groupe. « Les soldats ennemis nous questionnèrent, raconta-t-elle. Nous étions en tête de l’avance américaine, mais il fallait absolument détourner les soldats allemands de notre route. Alors, nous affirmâmes être des collaborateurs à la recherche des troupes alliées. Les Allemands semblèrent satisfaits de notre réponse et nous laissèrent aller ».  Trois jours plus tard, Sonia Butt et ses compagnons rejoignaient enfin les lignes alliées avec des informations privilégiées.

Elle raconta, qu’abandonnant leur véhicule, ses camarades et elle-même voyagèrent à pied, arrêtant chez les fermiers pour y trouver nourriture et abri et laissant croire à tous qu’ils n’étaient que de simples civils français. Durant son séjour en France, l’ennemi tenta de la tuer à plusieurs reprises, mais toujours sans succès.

Au cours de ses entretiens avec les journalistes, Guy d’Artois révéla qu’il avait remporté de France un important trophée, en l’occurrence un drapeau tricolore avec les armoiries du duc de Bourgogne, que des Françaises lui avaient brodé pour le remercier de sa contribution à leur libération. Ce drapeau était recouvert de la signature de tous les chefs de section de maquisards ayant servi à ses côtés.

Mais son plus beau trophée demeura certainement d’avoir ramené au pays sa conjointe Sonia Butt, laquelle, pour ses exploits, fut décorée de l’Ordre de l’Empire britannique (M.B.E.)