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dimanche 30 mai 2010

Les unités francophones dans la campagne de libération de l'Europe de l'Ouest (6 juin 1944 - 8 mai 1945)

Par Sébastien Vincent

Extrait légèrement modifié par l'auteur de son mémoire de maitrise intitulé La campagne de libération de l'Europe de l'Ouest (6 juin 1944 - 8 mai 1945) à travers les récits autobiographiques et les romans publiés par des combattants québécois francophones, Département d'histoire, Université du Québec à Montréal, 2007.

Les chiffres entre parenthèses renvoient aux notes placées en fin de texte.

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Dans Fields Of Fire, l’historien Terry Copp trace à grands traits le portrait des Canadiens, toute langue confondue, ayant participé à cette campagne(1). Plus de 100 000 hommes rattachés à la Première Armée canadienne, sous le commandement de Henry Duncan Graham Crerar, se sont préparés à l’invasion de la France en juin 1944, mais moins du tiers d’entre eux sera impliqué dans des combats rapprochés. Il s’agit tous de volontaires assez jeunes : plus du deux tiers sont âgés entre 18 et 25 ans au moment de leur service militaire. La différence entre soldats et officiers ne réside pas tant au niveau de l’âge, mais de l’éducation. Tous les officiers, sauf de rares exceptions, possèdent un diplôme d’étude secondaire au minimum; plusieurs sont des universitaires. Par contre, plus du tiers des soldats n’ont pas complété leur primaire et un autre tiers a terminé sa septième année. Seulement un huitième d’entre eux a terminé leurs études secondaires. Le soldat moyen mesure 5 pieds et 7 pouces et son poids avoisine les 160 livres. Copp prétend qu’une grande majorité des enrôlés en 1944 comprenait les enjeux de la guerre, à savoir qu’Adolf Hitler constituait une menace pour le monde et les valeurs démocratiques, et elle éprouvait un vif attachement à la Grande-Bretagne. Pour ce faire, il se base sur les centaines de fiches réponses à un questionnaire administré en 1944 aux enrôlés abordant notamment la question de la motivation. Par contre, sur cet aspect, Copp n’opère aucune nuance concernant les Canadiens français.

Les Canadiens français qui combattent en Europe de l’Ouest le font, pour la plupart, dans les quatre unités d’infanterie francophones de l’Armée canadienne (Fusiliers Mont-Royal, Maisonneuve, Régiment de la Chaudière et Royal 22e Régiment) ou dans le 4e régiment d’artillerie moyenne, le seul régiment d’artillerie de langue française de l’Armée canadienne durant le conflit.

Pour la majorité d’entre eux, il s’agit du premier contact direct avec l’Europe et ses populations. Dans ces unités francophones, l’instruction militaire, la vie sociale et les ordres se donnent en français. Toute communication sur le plan opérationnel avec des formations supérieures s’effectue cependant en anglais, puisque les bataillons francophones qui combattent en Europe sont répartis dans quatre différentes brigades de sorte que les communications entre chacun des postes de commandement et leur quartier-général respectif de brigade se font en anglais(2).

La campagne de Normandie 
Face aux Canadiens se dresse l’ennemi allemand, arrivé en France en juin 1940. Il occupe l’ensemble du territoire français depuis 1942. Aux yeux d’Adolf Hitler et de son haut commandement, l’Europe de l’Ouest constitue un front défensif requérant des effectifs réduits alors que la guerre, la vraie, se joue sur le front de l’Est, contre les Russes, attaqués en juin 1941, lors de l’opération Barbarossa.

En mars 1942, Hitler expose pour la première fois le principe de fortifications du front de l’Ouest élaborées contre les attaques maritimes. Le Führer craint en effet un débarquement allié en France afin d’atténuer la pression exercée sur la Russie. Commence alors l’édification du « Mur de l’Atlantique », une imposante fortification composée de batteries côtières, de casemates, de canons, de bunkers, de barbelés et de mines qui, une fois achevée, s’étendra le long du littoral de l’Atlantique, du Danemark à la frontière franco-espagnole. L’aménagement du Mur progresse péniblement, sa structure impose un cadre rigide de défense, empêchant les troupes de fantassins d’exploiter le terrain en cas d’attaque. De plus, elle mobilise une grande quantité d’équipement.


Le maréchal Erwin Rommel, lors de l'élaboration du Mur de l'Atlantique, a fait poser d'innombrables ouvrages de ce type : les hérissons.

La responsabilité de défendre le littoral incombe au feld-maréchal Gerd von Rundstedt, 67 ans, commandant en chef du front de l’Ouest et du groupe d’armées D entre mars 1942 et mars 1945. Il doit compter sur des troupes inexpérimentées et constamment réquisitionnées pour le front de l’Est. La pénurie de ressources le contraint à renoncer à l’édification d’une seconde ligne de défense à l’arrière du « Mur de l'Atlantique ». Bref, les fortifications en Normandie demeurent à l’état de cordon, renforcé de quelques nœuds, dépourvues de toute profondeur.

Carte des batteries d'artillerie côtières allemandes

Alors que le débarquement se prépare du côté allié, Rundstedt dispose de divisions rassemblant des hommes venus de l’Est, des centres d’instruction et de remplacement et du personnel excédentaire de l’aviation. Ces hommes viennent de partout où des militaires, plus ou moins enthousiastes, étaient disponibles. La 15e Armée et l’aile droite de la 7e Armée occupent le littoral de la Manche, entre la Hollande et la péninsule de Cherbourg. Cinq divisions blindées Panzer rejoignent le nord de la France. En avril, la 12e Division SS Panzer, formée de membres des Jeunesses hitlériennes et commandée par Kurt Meyer (1910-1961), est envoyée en Normandie, la division Panzer Lehr se trouve dans le triangle formé par Orléans, Chartes et Le Mans et la 21e division Panzer est cantonnée dans la région de Caen(3). Rundstedt dispose de 58 divisions de toutes catégories et onze en voie de formation ou de réorganisation. Les Allemands ignorent la date et le point exact de l’attaque à venir, bien qu’ils se doutent de la possibilité d’une attaque du côté du Pas-de-Calais, la partie française la plus rapprochée de l’Angleterre.

Les forces allemandes en place, le 6 juin 1944

Plus de 15 000 Canadiens prennent par aux opérations du 6 juin 1944 (voir ce lien pour une animation présentant le mouvement des troupes canadiennes). Le choc principal de l’attaque alliée arrive sur trois divisions d’infanterie allemandes (352e, 709e et 716e) dans une zone insuffisamment renforcée et dont les forces sont disséminées sur un territoire jugé peu favorable à des débarquements importants. La défense des plages normandes s’avère incomplète et discontinue. Des tranchées, des nids de mitrailleuses et des canons de 37 mm à 88 mm couvrent le secteur. Différents obstacles ainsi que des mines disposées à l’intérieur des terres, mais aucune sur les plages mêmes, complètent le système de défense. C’est toutefois le mortier de 8.1 cm qui occasionne le plus de pertes sur le front canadien(4).

Demeuré en Angleterre jusqu’au débarquement de Normandie (opération Overlord), le Régiment de la Chaudière (Lévis) pour lequel combattent le soldat Émilien Dufresne et le capitaine Pierre Vallée, fait partie de la 8e brigade de la 3e division d’infanterie de l’Armée canadienne(5). Le Queen’s Own Rifles of Canada et le North Shore Regiment (Nouveau-Brunswick) complètent la brigade. Le Régiment de la Chaudière est le seul bataillon canadien-français à débarquer dans le secteur de Juno Beach, le 6 juin, vers 8 h 45. Sa tâche consiste, avec la 3e division d’infanterie et la 2e brigade blindée, à établir une tête de pont sur une distance de cinq milles entre Courseulles-sur-Mer et Saint-Aubin, puis, en passant entre Bayeux et Caen, de pénétrer jusqu’à Carpiquet, situé à onze milles à l’intérieur des terres, où il se heurte les 7 et 8 juillet à la 12e division SS Panzer. Entre le 7 juin et le 1er octobre 1944, le régiment combat entre Colomby-sur-Thaon et Calais.


Le Gaspésion Émilien Dufresne participe au Débarquement avec le Régiment de la Chaudière. Il a écrit ses mémoires de guerre parus chez Septentrion.

Arrivé en Normandie un mois exactement après le débarquement, le Régiment de Maisonneuve (Montréal) auquel appartiennent le lieutenant Jean-Charles (Charly) Forbes et l’aumônier Gérard Marchand, forme la 5e brigade de la 2e division d’infanterie. Le Black Watch of Canada, régiment pour lequel combat Jean-Jules Richard qui écrira après le guerre le percutant roman Neuf Jours de haine (Éditions de l'Arbre, 1948), et le Calgary Highlanders complètent la brigade. Le Maisonneuve entre en action lors de l’opération Atlantic et de l’opération Spring dans la région d’Authie, de Vaucelles, de Fleury-sur-Orne et de Saint-André. Il prend ensuite part à l’opération Totalize menant de Caen à Falaise. Il combat notamment à Clair-Tizon et à Versainville. Il libère la ville de Rouen, le 30 août 1944.


Le 4e Régiment d’artillerie moyenne pour lequel servent le capitaine Pierre Sévigny et le lieutenant Jacques Gouin est intégré au 2e groupe des troupes de la Première armée canadienne. L’unité arrive à Courseulles-sur-Mer le 9 juillet. Il combat à Vaucelles, tout comme le Maisonneuve, lors de l’opération Spring. Avec la 10e brigade de cavalerie blindée polonaise, il contribue à la fermeture de la poche de Falaise, lors de l’opération Totalize. Il participe ensuite à la prise de Boulogne et de Calais.

Quant aux Fusiliers Mont-Royal pour lequel nous ne disposons d’aucun témoignage de militaire canadien français pour cette campagne, mentionnons qu’il appartient à la 6e brigade de la 2e division d’infanterie et qu’il participe à la campagne de Normandie, à Beauvoir et à Troteval. Il libère symboliquement la ville de Dieppe, le 1er septembre, soit près de deux ans après le raid meurtrier, puis il se dirige vers la Belgique. Enfin, un mot sur le Royal 22e Régiment pour lequel nous ne disposons d’aucun témoignage de Canadien français pour cette campagne. Ce régiment a essentiellement servi en Italie entre juillet 1943 et mars 1945. Sa contribution se limite à la campagne de Hollande.

vendredi 28 mai 2010

La campagne de libération de l’Europe de l’Ouest (6 juin 1944 - 8 mai 1945) dans quelques livres d'histoire canadiens

Par Sébastien Vincent

Extrait légèrement modifié par l'auteur de son mémoire de maitrise intitulé La campagne de libération de l'Europe de l'Ouest (6 juin 1944 - 8 mai 1945) à travers les récits autobiographiques et les romans publiés par des combattants québécois francophones, Département d'histoire, Université du Québec à Montréal, 2007. Ce mémoire constitue la pierre d'assise de son plus récent ouvrage intitulé Ils ont écrit la guerre (VLB, 2010).

Les chiffres entre parenthèses renvoient aux notes placées en fin de texte.

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On commémorera en juin 2010 le 66e anniversaire du Débarquement en Normandie, début de la campagne de libération de l'Europe de l'Ouest qui a pris fin le 8 mai 1945 avec la reddition de l'Allemagne nazie.

De quels livres dispose-t-on pour mieux connaitre cette opération du point de vue canadien et québécois?

Pour connaître l’apport de la Première Armée canadienne aux opérations durant les 333 jours de la campagne, je réfère à ce que l’historien Henry Rousso appelle les vecteurs de la mémoire. Ceux-ci constituent en fait les lieux d’élaboration et de diffusion des représentations du passé. Il y a les vecteurs officiels, qui relèvent de l’État et de ses institutions, les vecteurs associatifs, constitués par les groupes sociaux partageant une expérience commune, les vecteurs savants regroupant les études universitaires ainsi que les vecteurs culturels.

Les vecteurs officiels
Les vecteurs officiels réfèrent aux ouvrages produits par la Défense nationale et le Ministère des Anciens Combattants du Canada. La référence obligée, mais un peu datée dans son approche, demeure La Campagne de la Victoire, le troisième volume de l’Histoire officielle de la participation de l’Armée canadienne à la Seconde Guerre mondiale de C. P. Stacey (1906-1989), chef de la Section historique de l’état-major de l’armée canadienne(1). Dans la plus pure tradition du récit de bataille traditionnel, l’ouvrage aborde les opérations vues « d’en haut ». S’appuyant sur de nombreuses cartes et croquis, il décrit les décisions du haut commandement et les grands mouvements de bataillons. Utile pour ses données factuelles, l’ouvrage contient aussi quelques pages portant sur l’entraînement des troupes, la topographie des champs de batailles, le soldat allemand, la vie de combat ainsi que le moral des troupes en mai 1945 et le rapatriement des soldats canadiens. Un incontournable devenu difficile à se procurer. Mais on peut en encore trouver un exemplaire chez les bouquinistes.

Deux synthèses abordent la campagne. Les ouvrages du lieutenant-colonel D. J. Goodspeed(2) et de Patricia Giesler(3) présentent la campagne de façon positive –il s’agit d’histoire officielle, rappelons-le, sans porter de jugement concernant, par exemple, l’efficacité et la motivation des forces canadiennes. On peut aussi lire Débarquement et offensives des Canadiens en Normandie de Reginald H. Roy, initialement paru en anglais sous l’égide du Musée canadien de la guerre et du Musée canadien des civilisations(4). L’ouvrage relate en détail les combats des Canadiens menés entre le 6 juin et la fermeture de la poche de Falaise (12 au 21 juin 1944). Les annexes contiennent des informations portant sur l’organisation des divisions, les armes, les véhicules et les chars utilisés lors de la campagne.

Ces quatre livres n’opèrent aucune distinction entre la participation des Canadiens français et celle des Canadiens anglais. Il faut attendre Les Canadiens français et le bilinguisme dans les Forces armées canadiennes de Jean Pariseau et de Serge Bernier publiés en 1987 pour mieux connaître l’apport de ces derniers au conflit(5). Cette étude présente, entre autres, les unités francophones ayant servi outre-mer et fournit des précisions concernant les officiers supérieurs francophones, la problématique de la conscription pour la défense du Canada et son impact sur la société canadienne, l’instruction militaire et la place du français et des francophones au sein de l’armée canadienne. C’est un livre important, car il est le premier à se pencher sur la minorité francophone dans l’armée canadienne.

Deux livres commémoratifs produits par la Direction -Histoire et Patrimoine de la Défense nationale du Canada sont parus pour le cinquantième anniversaire de la campagne (1994). S’inspirant du courant de l’histoire sociale et culturelle de la guerre, Normandie 1944, l’été canadien(6) et La Libération, les Canadiens en Europe(7) mettent en valeur l’histoire et le patrimoine artistique militaires canadiens. Fondés principalement sur des documents tirés de la collection du Service historique du ministère de la Défense et des Archives du Canada, ces ouvrages de belle facture regroupent des photographies, de la correspondance de militaires, des extraits de journaux intimes et des reproductions de toiles de peintres du front. Sans que les francophones y occupent une place spécifique, on peut y lire l’histoire de certains d’entre eux, comme celle de Jacques Dextraze des Fusiliers Mont-Royal ou de Léo Gariépy du 1st Hussars (blindés).

Il ne faudrait pas non plus négliger, les sites internet du Ministère des Anciens Combattants du Canada et celui du Musée canadien de la Guerre (Ottawa) qui présentent de nombreuses pages relatives à l’histoire de la campagne et une foule de fiches d’informations concernant différents aspects du conflit (9).

mardi 25 mai 2010

Lieutenant-colonel Jean-Charles (Charly) Forbes (1921-2010)

Par Sébastien Vincent
Texte inédit

On apprenait la semaine dernière le décès de l'ancien combattant Jean-Charles (Charly) Forbes, le 19 mai 2010 à l'Hôpital de Ste-Anne de Beaupré.

D’ascendance écossaise, J.-C. Forbes a vu le jour en mars 1921 à Matane (Gaspésie). Il fit ses études chez les frères du Sacré-Cœur à Victoriaville. Il se découvrit une vocation de soldat grâce au prêtre du village. Il entama en septembre 1940 sa formation militaire au Collège militaire de Kingston avec l’intention de devenir aviateur. Ayant finalement opté pour l’artillerie, il se rendit au camp Borden au printemps 1941, puis à Brockville et à Petawawa. Il découvrit le battle drill à l’école de Vernon (Colombie-Britannique). Passionné par ce qu’il voyait, il demanda son transfert à l’infanterie. Il enseigna le battle drill à Brockville et à Valcartier, puis s'engagea pour le service actif en novembre 1941. Après divers stages comme instructeur et après avoir complété sa formation d'officier, il s'embarquea pour l'Angleterre en décembre 1942.

En janvier 1943, il rejoignit le Régiment de Maisonneuve à Brighton, en Angleterre. L'unité débarquea en Normandie, le 6 juillet 1944. Forbes participa à plusieurs opérations à la tête de son peloton jusqu'à son rapatriement vers l'Angleterre en décembre 1944 à la suite d’une blessure subie à Groesbeek, en Hollande près de la frontière allemande. À la suite d'un acte de bravoure exceptionnel lors de la capture du barrage reliant le Beveland du Sud à l'île de Walcheren en Hollande, il fut sacré Chevalier Militaire de l'Ordre de Guillaume par la reine Wilhelmine de la Hollande. C'est la plus haute décoration de bravoure accordée par les Pays-Bas. Après avoir été hospitalisé à Gand, puis en Angleterre avant de subir une chirurgie plastique en janvier 1945, le lieutenant Forbes retrouva sa famille à Lévis, le 14 août.

Marié en septembre et démobilisé en novembre, il se consacra au commerce de bois de son père. À la suite de la faillite du moulin personnel, il s'enrôla à nouveau, cette fois pour participer à la guerre de Corée (1950-1953) avec le 2e bataillon du Royal 22e Régiment dont on voulait faire un bataillon de parachutistes en plus d’être une unité de combat. En février 1950, il quitta le Canada pour la Corée où il fut commandant de peloton de mortiers. Il se mérita une Citation à l’Ordre du jour “MID”. Il quitta définitivement l’armée en 1965.

En 1985, il fut nommé lieutenant-colonel honoraire du Maisonneuve et en 2005, colonel honoraire de la Garnison de Québec du Fort St Andrew's des 78th Fraser Highlanders. En 2007, il a été fait membre Chevalier de l'Ordre de la Légion d'honneur, la plus haute décoration de la République française. Il a vécu à Saint-Férréol-les Neiges.

J-Charles Forbes est l'auteur de mémoires de guerre intitulés Fantassin. Pour mon pays, la gloire et ... des prunes, Sillery, Septentrion, 1994. 





vendredi 21 mai 2010

Une marine canadienne unilingue anglaise

Par Pierre Vennat
Texte inédit

Les Canadiens français semblent avoir été beaucoup moins nombreux dans la marine et ceux qui y étaient auraient moins fait parler d’eux, durant la Deuxième Guerre mondiale, que les militaires ou les aviateurs. Et il semble y en avoir eu que très peu aux échelons supérieurs.

Les historiens Jean Pariseau et Serge Bernier, auteurs d’une étude intitulée Les Canadiens français et le bilinguisme dans les forces armées canadiennes, publiée par le Service historique de la Défense nationale en 1987, écrivaient : « Nous avons tenté, dans nos recherches, de relever le nombre de francophones qui ont servi dans la Marine royale canadienne fédérale pendant la guerre. Mal nous en prit car ces statistiques n’existent pas au ministère de la Défense nationale ni au ministère des Anciens combattants. L’histoire officielle de la «marine ne signale le recrutement que selon les provinces. »
Des 99 688 hommes qui ont servi dans la marine canadienne durant la Deuxième Guerre mondiale, 13 429 venaient du Québec, soit 1 294 officiers et 11 135 matelots. Les Québécois formaient donc 19.5% du total des officiers et 11.96% du total des marins.

Ce nombre ne tenait pas compte des 6 781 femmes qui ont servi dans les Women’s Reserve Canadian Navy Service (WRCENS) qui ne sont pas identifiées selon les provinces, la langue ou l’ethnie dans les études produites par le Service historique de la Défense nationale, fautes de données disponibles.

mardi 18 mai 2010

Les éditeurs québécois et l'effort de guerre, 1940-1948

Par Jacques Michon

Le site Le Québec et la Seconde Guerre mondiale présente en exclusivité et avec l'accord de Bibliothèque et Archives nationales du Québec l'ensemble des six textes des zones de l'exposition Les éditeurs québécois et l'effort de guerre, 1940-1948 présentée à la Grande Bibliothèque de Bibliothèque et Archives nationales du Québec du 22 septembre 2009 au 28 mars 2010. L'historien Jacques Michon a agi à titre de commissaire de l'exposition.

Le compte rendu du catalogue de l'exposition est disponible sur ce site.

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10 SEPTEMBRE 1939

Le 10 septembre 1939, une semaine après la Grande-Bretagne, le Canada déclare la guerre à l’Allemagne. Le lendemain, le gouvernement fait voter 100 millions de dollars pour les opérations militaires et la formation d’un corps expéditionnaire. Cinq semaines plus tard, par un arrêté en conseil, les éditeurs canadiens sont autorisés à réimprimer les ouvrages publiés en pays ennemi et protégés par le droit d’auteur. Occupée par l’Allemagne, la France fait partie des pays touchés par cette mesure à partir de juin 1940. Privés de leur principale source d’approvisionnement, les librairies sont bientôt en rupture de stock et ont un urgent besoin d’ouvrages français. Les maisons d’édition canadiennes-françaises sollicitent alors des licences de reproduction pour les livres français les plus en demande. Pour la rentrée de l’automne 1940, des licences sont accordées aux éditeurs de manuels scolaires, puis aux éditeurs de littérature générale qui publient des livres d’actualité, des œuvres littéraires et des ouvrages religieux.

Les éditeurs remplissent ainsi la mission que le premier ministre canadien W. L. Mackenzie King leur assigne : « porter haut les traditions de culture et de civilisation française ». Quelques mois plus tard, le 1er août 1940, dans un message radiophonique repris par les journaux, le général de Gaulle sollicite l’appui des Canadiens français dans le combat pour la France libre.

dimanche 16 mai 2010

Les fridolinades de Gratien Gélinas

Par Robert Aird
Texte inédit 

Dans les années 1940, il n’existe pas encore de lignes ouvertes à la radio ni sondages d’opinion. Le droit de parole n’est pas aussi démocratisé qu’aujourd’hui. C’est pourquoi l’étude du rire devient une sorte de baromètre pour en savoir un peu plus sur les opinions du peuple, c’est-à-dire des citoyens issus des classes modestes qui ne contrôlent pas les instruments du pouvoir politique, économique et financier.

En ce qui concerne la Deuxième Guerre mondiale, il n’y a pas mieux que les revues d’actualité Les Fridolinades du comédien et auteur québécois, Gratien Gélinas. De 1938 à la fin de la guerre, Gélinas et ses comparses présentent neuf revues qui contiennent des monologues, des sketches, des parodies, des chansons et des tableaux. Les Québécois vont surtout voir ces revues pour rire et ils sont servis par des auteurs (Gélinas, Louis Pelland, Claude Robillard, Fred Barry, Bernard Hogue) et des comédiens chevronnés. Leur rire indique qu’ils se reconnaissent bien dans l’ironie de Fridolin, le personnage de gamin gavroche créé par Gélinas. Fridolin organise des revues dans sa cour arrière. Munie de sa fronde, on peut penser qu’elle représente bien sa manie de décocher des projectiles sur les travers de son époque. À une époque où la censure de guerre menace la liberté de parole, il est étonnant de voir avec quelle aisance ce personnage comique délie sa langue sur une multitude de sujets touchant à la guerre : la femme à l’usine de guerre qui déstabilise l’ordre familial, la censure, la propagande, le rationnement, les diktats politiques, l’effort de guerre, le rôle du Canada, l’impérialisme britannique, l’apathie du Canadien français face aux malheurs qui frappent l’Europe, etc.

Fridolin donne la parole aux citoyens que représentent les personnages de la revue : la jeune ouvrière, les vieux qui passent le temps en discutant sur le perron, les femmes au foyer qui se sentent soudainement déconsidérées par les autorités, le soldat, le chômeur, l’ouvrier, le commerçant profiteur. Il joue aussi le rôle du bouffon du roi en dévoilant les véritables motifs et intentions des dirigeants politiques qui incitent à l’effort de guerre. Fridolin a beau joué au petit gars naïf, il est loin d’être dupe. C’est ainsi qu’en plus d’aborder la guerre par la bouche de ceux qui la dirigent, il part également du quotidien des Canadiens français, particulièrement ceux de la ville. C’est que Les Fridolinades reflètent un Québec moderne, urbain et industrialisé. Pour ce qui est du discours traditionnel et nationaliste qui appelle au retour à la terre et aux valeurs rurales, il s’en moque éperdument!

mardi 4 mai 2010

Visite des champs de bataille: un guide introductif

Par Carl Pépin
Texte inédit

Comme on dit dans le milieu des historiens militaires, mieux vaut attendre que la guerre soit terminée avant de visiter un champ de bataille! Blague à part, l'idée est qu'un certain nombre de règles, trucs et astuces devraient être observés, à notre avis, avant d'entreprendre ce genre de voyage nous amenant sur les traces de douloureux passés.

Par « champ de bataille », nous entendons ici des lieux où se sont déroulés des affrontements que l'on peut qualifier de « majeurs » et qui furent recensés par les historiens. Aux fins de ce papier, nous faisons allusion à des endroits qui furent organisés de manière plus ou moins formelle par les gouvernements ou des associations de bénévoles qui en font revivre le souvenir.

L'expression « champ de bataille » se rapporte également à tout lieu et toute époque. De l'Antiquité à nos jours, de grands et sanglants épisodes marquèrent les imaginaires et eurent des impacts sur la survie ou la chute d'empires. On revient à l'idée attribuée à Carl von Clausewitz voulant que la guerre soit la continuation de la politique par d'autres moyens. Dans le cas qui nous intéresse, disons que ces « moyens » laissèrent couler beaucoup de sang et les champs de bataille en demeurent les expressions sublimes.

Un condensé d'expériences
Cet article n'est pas exhaustif et se veut un condensé de nos expériences. Nous y présentons quelques règles, mais surtout des observations que nous avons faites au fil des années. Je n'hésiterai pas à modifier cet article si d'autres idées me venaient à l'esprit, ou si nos lecteurs nous font des observations que nous avons vécues et involontairement oubliées.