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vendredi 30 juillet 2010

Les Fridolinades de Gratien Gélinas (La guerre devant l’opinion publique I)

Par Robert Aird
Texte inédit

Ce texte peut être lu comme une suite de l'article Les Fridolinades de Gratien Gélinas.

Le retour des grands mégalomanes

Fridolinons 1940 amorce la guerre par le sketch La naissance d’Hitler. La famille accueille le nouveau né en espérant qu’il déteste les Juifs autant qu’eux. Mais dès que la mère, Klara, se retrouve seule, elle ouvre la porte de l’horloge grand-père pour recevoir un rabbin qui prend le bébé dans ses bras et s’écrie : « Mon fils! » Ce gag vise évidemment à se moquer de l’antisémitisme virulent du dictateur et annonce déjà la rumeur qu’il avait du sang juif!

Fridolinons 1940 aborde davantage la guerre que la revue précédente. Il le fait par une série de tableaux intitulée « La guerre devant l’opinion publique » qui se présente comme un excellent témoignage populaire. Comment les gens vivaient cette guerre d’outre-mer au quotidien? Comment percevaient-ils l’enrôlement? L’effort de guerre? Les justifications pour y participer? La propagande et l’information sur le cours de la guerre?

Le premier tableau implique Napoléon et César qui discutent de la guerre du haut de leur nuage. La défaite des armées d’Hitler est déjà annoncée, alors qu’elles avaient pourtant encore l’avantage : « Toujours la guerre! Hitler est en train de faire les mêmes gaffes que moi » commente l’ancien empereur français. « Il veut tout avoir! » dit César en regardant l’action à l’aide d’une lorgnette. « Il finira comme moi » anticipe Napoléon. On fait cette prédiction, alors que l’invasion de l’URSS ne débute que le 22 juin 1941 et que les deux puissances sont liées au pacte de non-agression! Et sans compter que les Etats-Unis ne sont pas encore entrées directement dans le conflit. En quelque sorte, ce gag reflète un certain optimisme, alors que les nouvelles du front n’étaient pas très encourageantes.

Il reste que les Fridolinades de Gratien Gélinas font plusieurs remarques évoquant l’absurdité de la guerre :

CÉSAR
En somme, plus ça change plus c’est la même chose

NAPOLÉON
Eh!oui. Encore une autre guerre…pour finir la guerre!

CÉSAR
Il ne reste pas grand-chose de notre œuvre, hein?

NAPOLÉON
On se croyait importants, de notre temps.

CÉSAR
À quoi a servi ma conquête des Gaules?

NAPOLÉON
C’est comme moi : dire qu’il y a à peine un siècle, j’ai fait tuer un million d’hommes pour faire de la France la maîtresse de l’univers!

CÉSAR
Prends l’Empire Romain, dont j’avais fait le nombril du monde…

NAPOLÉON
Il s’est fait passer un savon…

CÉSAR
Et il a refoulé au lavage!

NAPOLÉON
César, je commence à penser que j’ai été le plus grand imbécile de mon siècle.

CÉSAR
Moi, je ne peux pas dire, je n’ai pas connu les autres.

NAPOLÉON
J’ai lutté toute ma vie contre l’Angleterre, l’ennemi séculaire de la France. Je suis mort prisonnier. Et regarde-moi ça.

CÉSAR
Les Anglais sont maintenant bras dessus bras dessous avec les Français sur la ligne maginot.

NAPOLÉON
C’est à n’y rien comprendre. Les Anglais! Les Anglais que j’ai tant détestés! J’essaie de me faire une raison, mais c’est inutile! Je passe mon temps, dans le Ciel, à m’engueuler avec tous les Anglais que je rencontre.

Les auteurs de ce tableau démontre l’absurdité des conflits guerriers en les situant dans la longue durée de l’histoire. En effet, on semble demander : pourquoi tant de sang versé si finalement les ennemis d’aujourd’hui seront les alliés de demain ou si ce qui est fait par la guerre sera un jour défait par les conjonctures à venir? L’Allemagne n’est-elle pas devenue un grand ami des puissances de l’Alliance qui l’a combattait jadis? Évidemment, l’histoire se veut beaucoup plus complexe que ce tableau le suggère et nous savons bien que les guerres ont souvent eu des conséquences sans équivoque. Cette scène comique dénonce tout de même la mégalomanie des dirigeants avec une bonne dose de pacifisme qui fait sourire encore aujourd’hui.

vendredi 9 juillet 2010

Les victimes de la bataille de Hong Kong (18-25 décembre 1941)

 Par Pierre Vennat
Texte inédit

Personne au Canada n’aurait pu prévoir que les premiers soldats canadiens à affronter la mitraille durant la Deuxième Guerre mondiale seraient non pas les soldats qui depuis plusieurs mois, certains depuis deux années, attendaient de se battre sur le sol britannique, mais bien deux régiments canadiens, les Winnipeg Grenadiers, régiment manitobain, et les Royal Rifles of Canada, régiment officiellement anglophone de la Vieille capitale, deux semaines seulement après leur arrivée à Hong Kong, enclave britannique en territoire chinois.

Bon nombre des soldats des Royal Rifles of Canada étaient, en fait, des Canadiens français, originaires de la Gaspésie. Ce sont eux qui, en décembre 1941, au moment où ils n’étaient même pas adéquatement entraînés et que leur matériel ne s’était pas rendu, ont été les premiers soldats canadiens-français à affronter le feu ennemi, les blessures, la captivité et la mort.

Les Royal Rifles of Canada s’étaient entraînés à Québec et en Nouvelle-Écosse avant d’aller en garnison à Terre-Neuve, d’où on décida de les dépêcher à Hong Kong. Le régiment était composé tout autant d’anciens combattants de la Première Guerre mondiale que de jeunes recrues venant tout juste d’avoir l’âge réglementaire pour être admises dans l’armée.

À l’époque, la nouvelle de leur départ du Canada et leur arrivée à Hong Kong n’avait pour ainsi dire pas retenu l’attention qui se concentrait alors sur l’Europe et sur l’ennemi nazi. Personne ne prévoyait alors au pays que les Japonais seraient un ennemi, personne n’avait prévu que c’est en Extrême-Orient que le Québec déplorerait la mort de ses premiers fils soldats de l’armée canadienne, tués par l’ennemi.

vendredi 2 juillet 2010

Chubby Powers et la naissance de l’Escadrille 425 Alouette

Par Pierre Vennat
Texte inédit

L’Escadrille 425 Alouette a une longue histoire. Dès septembre 1940, le sous-ministre de l’Air, J.S. Duncan, prenant la parole au Club Canadien de la ville de Québec, annonça l’ouverture prochaine d’un centre aérien pour les recrues à Québec, commandé par le futur vice-maréchal de l’air Adélard Raymond.

En annonçant cette nouvelle, le sous-ministre Duncan avait déclaré : « Nous sommes au courant des obstacles rencontrés par les jeunes Canadiens de langue française qui ont si généreusement offert leurs services au pays. L’étude d’une science compliquée dans une langue qui ne leur était pas familière était particulièrement ardue et cependant, beaucoup d’entre eux s’y sont mis avec une détermination remarquable. La difficulté n’en restait pas moins sérieuse. » Dans cette école, les jeunes Canadiens français pourraient suivre un cours d’anglais qui visait à supprimer pour la suite de l’entraînement le handicap créé par la question.

« On peut se demander pourquoi il est nécessaire d’enseigner l’anglais à ces jeunes gens, pourquoi l’on ne forme pas des équipages canadiens-français? C’est que les hommes instruits en vertu du plan voleront avec des aviateurs anglais, dont ils devront connaître la langue assez bien pour éviter tout malentendu ou tout retard dans les communications en cas d’urgence ».

Toujours en septembre 1940, une escadrille de la Royal Canadian Air Force (RCAF), dont le personnel était composé presque exclusivement de Canadiens français était établie dans les environs d’un port de l’est du Canada. Avant la guerre, cette escadrille formait une unité de service actif non permanent à Montréal. On y retrouvait notamment, son commandant, le lieutenant de section Vadeboncoeur et les officiers d’aviation Émond, Saint-Pierre, Mongeau, Richer, Labelle et Bourbonnais. Promu commandant d’escadre (lieutenant-colonel), J.-M.-W. Saint-Pierre devait par la suite commander l’escadrille de bombardiers, mieux connue sous le nom d’escadrille Alouette et dont la devise sur son écusson officiel, était justement, en français, le traditionnel refrain « Je te plumerai… »