Le blogue change d'adresse!

Vous serez automatiquement redirigé vers la nouvelle adresse. Dans la cas contraire, visitez le
http://www.lequebecetlesguerres.org
et mettez à jour vos favoris.

vendredi 17 décembre 2010

Histoire de l'armée allemande de Philippe Masson et La Waffen SS de Jean-Luc Leleu

Par Sébastien Vincent
Texte inédit

Deux ouvrages importants écrits par Philippe Masson et Jean-Louis Leleu nous plongent au cœur de Wehrmacht et de la Waffen SS, ces formidables machine de guerre allemande.


Histoire de l’armée allemande (1939-1945), Philippe Masson, Perrin, coll. Tempus, 2010


À l’origine de la « Blitzkrieg » et forte de ses succès foudroyants entre 1939 et 1942, l’armée allemande a réussi à lutter pendant plus de deux ans face à une coalition redoutable. Histoire de l’armée allemande est parue en 1994 et a récemment rééditée dans la collection de livres de poche « Tempus ». Philippe Masson (1928-2005), agrégé d’histoire, ancien chef de la section historique de Service historique de la marine française, auteur notamment de La Seconde Guerre mondiale. Stratégies, moyens, controverses (Tallandier, 2003) et du Dictionnaire de la Seconde Guerre mondiale (Larousse, 1980), y expose avec détails, en un récit passionnant, les stratégies et tactiques, l’évolution des moyens, le renseignement et la vie quotidienne sur tous les fronts où l’armée allemande a combattu. Il met également en lumière le rôle central d’Adolf Hitler, qui suivait attentivement les mouvements de chacune des divisions.

Fait étrange, souligne l’auteur, « aucun ouvrage en France ne traite de l’armée allemande. L’œuvre entreprise par Benoist-Méchin [Histoire de l'armée allemande, Albin Michel, 1964-1966)] s’arrête en 1939 […]. [Histoire de l’armée allemande] a donc pour but de combler une lacune. [Le livre] ne traite pas uniquement de l’armée de terre, mais également de la Luftwaffe et de la Kriegsmarine, c’est-à-dire l’ensemble de la Wehrmacht. [Il] ne se limite pas aux opérations militaires, mais s’efforce de discerner les ressorts secrets de cette armée sur le plan du commandement, de la doctrine, des matériels, du renseignement ou du politique, susceptibles d’expliquer des victoires retentissantes et un désastre pratiquement sans précédent dans l’histoire ». L’auteur insiste par ailleurs sur un point : « Avec les matériels nouveaux apparus à l’extrême fin de la guerre, fusées, avions à réaction, sous-marins électriques, une nouvelle Wehrmacht était en gestation, à l’origine de la révolution de la seconde moitié du XXe siècle ».  

Du point de vue de Masson, «l’armée allemande a mené deux guerres successives totalement différentes l’une de l’autre. Jusqu’à l’automne 1941, avec les campagnes de Pologne, de Norvège, de France, des Balkans et les premiers mois de Barbarossa, la Wehrmacht a révélé à un monde stupéfait toutes les ressources de la Blitzkrieg. De 1943 à 1945, elle a conduit en revanche une lutte fondamentalement défensive, ponctuée de quelques retours offensifs limités ».

Comment une aussi exceptionnelle combativité a-t-elle été rendue possible? Masson y répond, notamment, dans le dernier chapitre intitulé « Moral et politique ». On peut certainement invoquer le poids de la discipline militaire, la terreur inspirée par la Feld-gendarmerie agissant jusqu’à la fin sur les arrières du front. On peut également évoquer, explique l’historien, la qualité du commandement, la régularité du courrier, celle aussi de l’équipement et de la nourriture pour tous, les décorations méritées, les repos ainsi que l’existence des « groupes primaires », apolitiques, composés d’hommes unis par les liens de la camaraderie et des épreuves vécues ensemble. « Le soldat allemand aurait trouvé au niveau de la compagnie, du bataillon, du régiment et même de la division une cellule où il se trouvait chez lui, en confiance, et où il se professionnalisait avec une rapidité surprenante ».

Cette thèse des « groupes primaires », aussi avancée par Frédéric Rousseau dans La guerre censurée (Seuil, 1999), fut mise à mal par l’historien Omer Bartov dans Hitler’s Army. Selon ce dernier, « c’est la guerre à l’Est qui aurait constitué le moteur principal de l’ardeur combative du soldat allemand, qui expliquerait que cette ardeur se soit maintenue et même renforcée lors des pires défaites et ait persisté jusqu’à la fin, d’autant plus que l’ampleur considérable des pertes, de l’ordre de 200 % pour certaines unités, aurait entraîné la dislocation et la disparition des « groupes primaires ».

Certes, la thèse avancée par Bartov « justifie la surprenante résistance du soldat allemand à l’Est, en particulier au moment de l’invasion des provinces orientales du Reich, [mais] elle n’explique pas la résistance tout aussi acharnée à l’Ouest, même après le passage du Rhin, au milieu d’une population devenue hostile ».

Force est alors de faire intervenir le facteur politique fondé sur la propagande nazie qui a su stimuler la « combativité latente» du peuple allemand en exploitant « un système complexe de désirs, de revendications et d’aspirations d’une nation profondément atteinte dans son identité» à la suite de l’humiliation du traité de Versailles. I

Il ne faudrait donc pas négliger l’effet du consensus national, de la force du sentiment patriotique et de la fierté qu’Hitler ait pu créer une nouvelle Allemagne. À ce niveau, le Führer joua assurément un rôle, en ce sens qu’il fut considéré comme un « homme médecine qui avait su guérir le peuple allemand de ses frustrations ». Tout se déchira avec son suicide : « la population et l’armée [prirent] brutalement conscience de la terrible ambiguïté du régime national-socialiste et de l’ampleur de ses crimes ».

Ce livre constitue une importante synthèse de l’un des plus efficaces instruments de guerre à avoir semé la destruction en Europe. Alors que l’ouvrage de Jacques Benoist-Méchin se limitait à l’événementiel et s'achevait à l'aube de la guerre, celui de Masson propose une mise en perspective essentielle des différentes phases du conflit, des forces et des faiblesses militaires de l’armée allemande à travers un texte fluide. Il rappelle la complaisance dont a témoigné la Wehrmacht envers le national-socialisme dans l’espoir de réhabiliter la puissance du Reich. Celle-ci se laissa entrainer dans la folie des atrocités nazies en acceptant de jouer la carte de la lutte contre la « juiverie internationale ». En filigrane, se dévoile une autre vision d’Adolf Hitler qui se révéla, selon Masson, le penseur décisif de la stratégie allemande. 



La Waffen SS, Soldats politiques en guerre, Jean-Luc Leleu, Paris, Perrin, 2007

La couverture du livre reprend une célèbre affiche épurée de l’artiste nazi Mjölnir. Elle illustre a représentation des Waffen S.S. qui s’est gravée après la guerre : combattants d’élite et criminels de guerre.

La simple évocation de l’organisation paramilitaire de la Waffen SS (Schutzstaffel ou échelon de protection en armes), possède une grande puissance évocatrice. Issue de la troupe chargée dans les années vingt de protéger Hitler, elle est devenue, à partir du milieu du conflit, « une composante majeure dans la stratégie du commandement allemand» (p. II). Incarnation de la barbarie nazie à la suite des crimes que ces membres ont commis en Europe occupée, elle inspire encore un curieux mélange de dégoût et de fascination morbide. En attestent l’avalanche de films la représentant et la pléthore d’ouvrages souvent impressionnistes qui en traitent.

Mais au fait, que sait-on exactement de la Waffen SS, hormis certains mythes tels celui de soldats d’élite implacables, fanatiques et sans pitié, responsables des pires exactions, instruments politiques de la machine de guerre nazie et prototypes de l’homme nouveau que tenait à instaurer le Reich? Ainsi le rappelle le massacre perpétré par la division « Das Reich» dans le village d’Oradour-sur-Glane, dans le sud-ouest de la France, le 10 juin 1944… 



Voilà donc un objet d’histoire qui soulève énormément de questions : dans quelles conditions la Waffen SS a-t-elle été créée? Qui furent ces hommes qui la composèrent? Comment furent-ils recrutés et selon quels critères idéologiques, physiques et raciaux? Quelles furent leurs motivations pour s’engager? Quelle formation ont-ils suivie? Comment ont-ils été endoctrinés, conditionnés? À quoi ont-ils été employés? Comment se comportèrent-ils sur les champs de bataille et dans les missions de répression? Quels furent les rapports entre la SS et la Wehrmacht? Dans quels enjeux de pouvoirs leurs relations se sont-elles développées? Comment expliquer que la postérité n’ait retenu des hommes de la Waffen SS que leur fanatisme, symbole de sacrifice au combat et d’exaction commise dans les territoires occupés?

Toutes ces questions au confluent de l’histoire militaire et de l’histoire sociale et politique, Jean-Luc Leleu, ingénieur de recherche au C.N.R.S., les aborde avec rigueur dans cet ouvrage scientifique, tiré d’une thèse primée, qui en impose avec ces 1240 pages, dont 250 de notes et plus de 50 de bibliographie, sans omettre les 43 tableaux et graphiques.

Non seulement Leleu aborde-t-il les rouages de la Waffen SS (800 000 combattants) en tant que corps d’élite de l’armée, composé d’un savant dosage de théories raciales, de nécessités stratégiques et d’idéologie nazie, il étudie aussi la distorsion entre le mythe et la réalité.

Le plan, thématique surtout, alterne entre visions d’ensemble et analyses d’individus.

La première partie traite de l’expansionnisme militaire de la SS. À partir de considérations quantitatives concernant le nombre d’hommes engagés et les critères de recrutement, Leleu montre la compétition qui s’instaura entre la Waffen SS, initialement une garde personnelle, et la Wehrmacht, la force nationale. On croise Himmler et ses manœuvres souterraines et un führer qui, sans cesse, avance pour mieux reculer ou ensuite exiger. 

La seconde partie s’attarde spécifiquement aux individus. Elle aborde notamment la question des ressources humaines : politique de recrutement à l’heure de la « guerre totale», sociologie de la troupe (répartition des classes d’âge, origines sociales, critères de sélection au niveau moral, physique et racial), les motivations de l’engagement et la gestion du groupe humain, ce fameux noyau primaire. 

Les troisième et quatrième parties se penchent sur la structure et l’organisation de la Waffen SS : équipement, approvisionnement, instruction militaire, endoctrinement, encadrement. Des pages intéressantes examinent les motivations au combat, la cohésion et l’esprit de corps. 

La cinquième partie étudie l’emploi de la Waffen SS dans le conflit, alors que la sixième revient à l’échelle des individus en s’intéressant à l’instruction militaire aux heures décisives du combat et la violence de guerre, un thème répandu dans l’historiographie récente du conflit. Celle-ci est présentée en tant qu’aboutissement d’un processus à la fois culturel (le « principe de dureté» de la SS), et institutionnel à travers le fonctionnement du commandement qui fausse les perspectives morales. L’auteur apporte ici d’éclairantes explications à des pratiques d’une extrême violence, comme celles perpétrées à Oradour-sur-Glane, qui est analysé à partir des procès verbaux d’après-guerre. 

Cet ouvrage monumental et novateur se trouve à mille lieues des clichés transmis par le cinéma et la littérature. À partir de nombreuses sources primaires, il propose une plongée dans un univers au demeurant méconnu. Sans conteste, il surpasse les publications partisanes à caractère polémique, les monographies de formations SS rédigées par d’anciens membres, celles produites par de rares universitaires et la littérature axée sur les exactions perpétrées par les formations SS. 

Bien qu’il se concentre, pour des raisons pratiques, sur les champs de bataille de l’Europe de l’Ouest (Pays-Bas, Belgique et France métropolitaine) entre mai 1940 et mai 1945 et que le style s’apparente souvent à celui de la thèse, ce qui nuit par moments à la fluidité, le projet de Jean-Luc Leleu constitue un véritable modèle méthodologique qui fera date.

vendredi 10 décembre 2010

Les fridolinades de Gratien Gélinas (La guerre devant l’opinion publique III)

Par Robert Aird
Texte inédit

*****

Quelque part au front

Après le vétéran et le chômeur, Fridolin vient donner la parole au soldat. Oui, soldat au singulier puisque pour lui, il y a d’abord l’homme derrière le combattant. Le spectateur s’attend à un affrontement, au moment où un soldat français et un soldat allemand arrivent face à face sur le sommet du monticule. Attention, le Français sort un revolver de sa poche! Erreur! C’est un paquet de cartes! Et les deux soldats qui s’empressent de jouer paisiblement…Voici une illustration bien « fridolinienne » de l’absurdité de la guerre. Avant d’incarner des soldats ennemis, les deux types sont des êtres humains qui fraternisent sur leur condition humaine. Ce texte est clairement pacifique et cherche peut-être à faire mentir la propagande qui « démonise » les Allemands. Justement, on se moque de cette dernière issue des deux camps :

L’ALLEMAND
À propos de propagande, on est en train de vous préparer un nouveau tract. Quelque chose de tapé! On va vous envoyer porter ça en avion.

LE FRANÇAIS
Oui? Nous autres aussi, on vous en prépare un.

L’ALLEMAND
Eh bien, ça nous fera de la lecture! C’est désennuyant…

LE FRANÇAIS
Justement, j’en ai une copie

L’ALLEMAND
« Allemand, nous vous aimons bien. Un bon conseil : prenez garde à la Russie! »

LE FRANÇAIS
Qu’est-ce que tu en penses?

L’ALLEMAND
C’est drôle : il ressemble au nôtre.

LE FRANÇAIS
Oui?

L’ALLEMAND
Oui, on vous dit: « Français, nous vous aimons bien. Attention de ne pas vous faire jouer par les Anglais. »

LE FRANÇAIS
Nous devons avoir la même agence de publicité.

Alors que les deux soldats parlent de la visite de Chamberlain en France, accompagné par son secrétaire Daladier note ironiquement le Français, l’Allemand remarque « qu’on n’a pas vu Hitler » depuis longtemps.

LE FRANÇAIS
Oui? Dis donc, il y a une question que je veux te poser depuis longtemps…

L’ALLEMAND
Faut pas te gêner : on est assez amis.

LE FRANÇAIS
Franchement, là, qu’est-ce que vous pensez, vous autres, d’Hitler?

L’ALLEMAND
Franchement, là, qu’est-ce que vous pensez, vous autres, du choléra?

LE FRANÇAIS
Si on l’avait, on se purgerait.

L’ALLEMAND
Nous autres aussi. Seulement, qu’est ce que tu veux : pour le moment c’est lui qui tient la bouteille et la cuiller.

La conversation se poursuit sur le sort des civils qui sont pris directement pour cible par les bombardements, une caractéristique de la Deuxième Guerre mondiale. Le Français a refusé une permission pour ne pas se retrouver « à l’arrière, avec les civils », « en pleine zone dangereuse. »

LE FRANÇAIS
Chaque fois qu’un chat ronronne, ils croient que c’est un avion et se fourrent dans les abris! Je les trouve héroïques.

L’ALLEMAND
Décidément, après la guerre, il faudra leur élever un monument.

Le tableau se termine par l’arrivée d’un Canadien français quelque peu désorienté, qui ne sait pas trop ce qu’il vient faire dans cette galère. La chute de la scène se moque de l’expression « Défense nationale », un euphémisme pour remplacer « Ministère de la guerre » : « Oui…et puis je suis venu pour un machin…Voyons, comment c’est qu’il appelle ça Ernest (Ernest Lapointe, ministre fédéral), donc? Ah oui : la Défense nationale!

dimanche 5 décembre 2010

Journée d’étude « Perceptions de l’Allemagne nazie au Québec dans la littérature et les médias de 1933 à nos jours »


Organisée par Robert Dion (UQAM, chercheur associé CCEAE) et Hans-Jürgen Lüsebrink (Universität des Saarlandes, chercheur associé CCEAE)

Au Centre canadien d’études allemandes et européennes (CCEAE)
Université de Montréal
3744, rue Jean-Brillant
Salle Lothar-Baier (525-6), 5e étage
Métro Côte-des-Neiges

Jeudi 9 décembre 2010


Le Troisième Reich est une époque sombre de l’histoire allemande qui a beaucoup marqué les intellectuels et les écrivains depuis l’époque de son avènement jusqu’à aujourd’hui.  Un peu partout dans le monde, on ne compte plus les essais et les fictions qui reviennent sur les faits connus et moins connus de cette période.  Le but de cette jour­née d’étude est de commencer l’inventaire et l’analyse de ces traces de l’his­toire alle­mande de la première moitié du XXe siècle dans le discours intellectuel, dans la littérature et dans les médias du Québec.  Existe-t-il, ici, quelque chose comme une pensée et un imagi­naire nourris de l’Allemagne hitlérienne?


Programme de la journée
10h00 : Présentation de la journée, Robert DION et Hans-Jürgen LÜSEBRINK
1re séance présidée par M. Michel LACROIX (Université du Québec à Montréal)

10h15 : Hans-Jürgen LÜSEBRINK, Universität des Saarlandes                                         
« Le Troisième Reich, objet de discours intellectuel : Hitler, le nazisme et la guerre dans les revues intellectuelles au Québec (1933-1947) »

11h00 : Carmen MATA BARREIRO, Universidad Autónoma de Madrid
« Mémoire de la Shoah, regard intergénérationnel et postures d'écriture dans la littérature québécoise de la décennie 2000 : Catherine Shvets et Catherine Mavrikakis »

11h45 : Déjeuner

2e séance présidée par M. Yvan LAMONDE (Université McGill)

14h00 : Robert DION, Université du Québec à Montréal
« L'Allemagne en guerre des fictions : une étude de cas et quelques aperçus »

14h45 : Christoph VATTER, Universität des Saarlandes
« Mémoire de Soi, Mémoire de l’Autre. Reflets de l’Allemagne nazie dans le cinéma et la télévision québécois »

15h30 : Discussion finale

Pour information : Louise-Hélène Filion, filion.louise-helene@courrier.uqam.ca

vendredi 26 novembre 2010

Garde territoriale et Comités de protection civile

Par Pierre Vennat
Texte inédit

Un des buts de ce blogue est de faire connaître ou de rappeler des faits relatifs à la Deuxième Guerre mondiale au Québec dont on a peu ou pas parlé dans les livres d’histoire.

Par exemple, peu de gens se souviennent qu’au début de juin 1940, alors que l’Allemagne envahissait la France qui s’apprêtait à capituler, le brigadier général J-P. Archambault, commandant du district militaire de Montréal à l’époque, annonçait la formation d’un détachement comprenant 250 anciens combattants de la Première Guerre mondiale et huit officiers qui, en tant que membres de la Garde des anciens combattants, feraient partie de l’armée canadienne sous les drapeaux.

Quelques jours plus tard, une grande activité régnait aux quartiers généraux de la Garde territoriale où on procéda à l’examen médical des recrues, tous des anciens de la guerre 1914-1918. Les candidats acceptés étaient traités sur le même pied que les militaires sous les drapeaux, c’est-à-dire qu’ils étaient équipés, vêtus, habillés, logés et nourris par le ministère de la Défense nationale et recevaient la même solde que les militaires de grade comparable.

Une deuxième catégorie des membres de cette Garde territoriale, placée également sous la juridiction du ministère de la Défense nationale, était chargée d’accomplir du service actif anti-sabotage en protégeant les canaux, les ponts, le port. Etc., et relevait en pratique de la Gendarmerie royale du Canada, qui veillait à son entretien et versait la solde à ses membres.

Enfin, une troisième catégorie de réservistes, organisée par la Légion canadienne, visait à recruter des volontaires qui offriraient leurs services gratuitement en cas d’urgence.

La Garde des anciens combattants était commandée par un Canadien anglais, le lieutenant-colonel George MacLum, décoré de l’Ordre du Service distingué (D.S.O.) et de la Croix militaire (M.C.). Celui-ci était assisté de certains officiers canadiens-français, dont le lieutenant Jules Thibodeau, ancien combattant de la Première Guerre mondiale, qui avait alors servi dans le Royal Flying Corps puis dans la Royal Air Force et le lieutenant C.-P. Lavigne.

Quelques jours plus tard, le lieutenant-colonel John-H. Roy, Croix militaire (M.C.), ancien membre du 22e Bataillon canadien-français et décoré de la Croix de guerre française lors de la Première Guerre mondiale, devenait le commandant en second et l’adjoint du lieutenant-colonel MacLum au commandement de la compagnie montréalaise de la garde territoriale.

Si le Canada se dota d’une Garde des anciens combattants, on jugea que la création d’une Garde civile nationale n’était pas nécessaire et que la création de Comités de protection civile suffirait.

C’est ainsi que le 30 août 1940, on annonçait la création d’un commandement des forces mobiles du Comité de protection civile de la province de Québec.

Les forces mobiles du Comité de protection civile de la province de Québec devaient comprendre environ 1 000 volontaires au Québec, dont environ 500 à Montréal. Elles en compteraient également à Trois-Rivières, Hull, Québec et Sherbrooke. Considérés comme agents spéciaux, ces volontaires avaient des permis de port d’armes et devaient pouvoir venir en aide à la police. On recherchait « des hommes honnêtes et consciencieux qui, sans revêtir l’uniforme, peuvent être de bons soldats ».

La majorité des dirigeants de ce Comité étaient des anglophones, mais on avait confié le commandement du groupe de Trois-Rivières à un francophone, le lieutenant-colonel Raoul Pellevin.

Cette formation, expliquait-on, avait pour but d’apporter de l’aide en cas d’incendies allumés par suite d’actes de sabotage ou de raids aériens. Ses membres étaient répartis en plusieurs groupes de façon à couvrir toute la ville.

En Angleterre, des forces semblables avaient été mises sur pied et avaient rendus de précieux services. On jugeait qu’elles s’imposaient également au Canada et principalement dans les grandes villes comme Montréal et Toronto, où il y a tant d’usines et d’entrepôts, ainsi que les services d’utilité publique qu’il faut à tout prix protéger. »

vendredi 19 novembre 2010

La visite de Thierry d'Argenlieu, émissaire du général de Gaulle au Canada (Deuxième partie)

Par Frédéric Smith
Texte inédit


Le 15 mars 1941, Élisabeth de Miribel adresse un télégramme au général de Gaulle pour lui annoncer le succès de la mission d’Argenlieu : « Succès de votre ambassadeur dépasse toute espérance — stop — Chaude conviction, rayonnante spiritualité, sincérité absolue, compréhension délicate lui gagnent tous les cœurs — stop — Espère le meilleur avenir — stop — Merci ». L’enthousiasme est palpable chez les membres du comité France Libre de Québec. La soirée du 15 mars se passe chez les Simard, et se prolonge jusqu’à deux heures du matin. Elle rassemble Français et Canadiens français, plus ou moins proches du comité jusque là.


L’aide de camp du commandant d’Argenlieu, Alain Savary, se montre également enthousiaste devant les succès enregistrés dans la capitale : « À Québec, réception très émouvante de toute la population [...] chez tous nous avons senti un très grand amour de la France et une joie sincère de saluer dans la personne du commandant d'Argenlieu le représentant de la France qui continue à se battre ».


L'Action Catholique du 15 mars 1941 informe ses lecteurs d'une réception offerte au café du parlement en l'honneur du commandant d'Argenlieu. On reconnait notamment le commandant d'Argenlieu (premier à partir de la gauche), le premier ministre Adélard Godbout (troisième), le recteur de l'Université Laval Mgr Camille Roy (quatrième) et le professeur Auguste Viatte (dernier sur la photo).


D’Argenlieu et Savary poursuivent leur mission à Ottawa et à Montréal, tout en revenant régulièrement à Québec. Dans la capitale fédérale, D’Argenlieu s’entretient notamment avec le premier ministre Mackenzie King, son ministre de la Justice, Ernest Lapointe, et son sous-secrétaire d’État aux Affaires extérieurs, Norman Robertson. Un accord de principe est conclu entre l’émissaire du général de Gaulle et le gouvernement canadien à propos de l’envoi d’un agent de liaison canadien à Londres, auprès des Français Libres. Les cartes d’identité émises par la France Libre seront également désormais reconnues.


La présence grandissante du commandant d’Argenlieu sur la place publique semble indisposer le consul français Coursier à Montréal, qui s’en plaint au ministre de Vichy à Ottawa, René Ristelhueber. Entre le 26 mars et le 21 avril, celui-ci recense onze discours prononcés par le commandant d'Argenlieu, « activités oratoires auxquelles la presse a fait copieusement écho, publiant photographies, listes d'invités d'honneur, comptes rendus et analyses avec la prodigalité indiscrète qui est d'usage en Amérique ».


Peu à peu, les sentiments du gouvernement canadien se réchauffent à l’égard de la cause du général de Gaulle. Un réchauffement notamment signifié par le ministre Ernest Lapointe à d’Argenlieu, tout en précisant que les sensibilités canadiennes françaises obligent le gouvernement à une certaine retenue. Il s’agit néanmoins d’une victoire pour les sympathisants de la France Libre, qui justifie à elle seule la venue du commandant d’Argenlieu.


La mission d’Argenlieu se heurte toutefois à de fortes réticences, d’abord chez les Français de Montréal qui ont tout fait pour repousser, voire faire annuler la mission de l’émissaire du général de Gaulle. On dit du commandant d’Argenlieu qu’il est hautain et distant, et on trouve odieux le traitement réservé au docteur William Vignal, dépouillé de son titre de représentant officiel de De Gaulle au Canada. Le commandant d’Argenlieu aurait refusé de partager l’estrade avec le docteur Vignal lors d’une assemblée organisée par celui-ci et ayant rassemblé 500 Français de Montréal. Le trésorier de l’Association des anciens combattants français, Henri Delcellier, fait part de son indignation au général de Gaulle dans une lettre : « Nous ne supposons pas et ne voyons du reste pas la raison pour laquelle on aurait voulu humilier ou simplement froisser un homme qui jouit parmi nous de l'estime générale et dont l'intégrité est aussi bien établie que celle du docteur Vignal ».


Puis chez les éléments les plus conservateurs de la société canadienne-française, les réticences vont bien au-delà des cris de « Vive Pétain! » qui ont accueilli le père Carme à sa descente du train à Lévis au début du mois de mars. Un article de Doris Lussier, alors jeune collaborateur de la revue La Droite, suscite beaucoup de remous chez les gaullistes de la province. Cette revue existe depuis janvier 1941, sous l’inspiration du père Simon Arsenault des frères de Saint-Vincent-de-Paul. Le 15 avril, alors que la mission d’Argenlieu s’achève, Lussier attaque violemment le général de Gaulle et ses collaborateurs dans un nouveau numéro de la revue dont la photographie du maréchal Pétain orne la couverture. Le père Arsenault s’en prend également à l’opportunisme du général de Gaulle, accoquiné à Paul Reynaud, « socialiste et homme d'argent ». L’abbé Pierre Gravel, vicaire de la paroisse de Saint-Roch, donne une conférence dans le même sens. « La cinquième colonne donne à plein… », écrit Auguste Viatte dans son journal .

Couverture du journal La Droite du 15 avril 1941. Des articles de Doris Lussier et du père Arsenault mettent le feu aux poudres chez les gaullistes de Québec.

Une contre-offensive est en préparation, avec le concours du commandant d’Argenlieu. Mais elle ne sera finalement plus nécessaire puisqu’avant la fin du mois, La Droite est interdite de publication par le Secrétariat d’État. Le cardinal Villeneuve avait lui-même fortement semoncé le père Simon Arsenault, et servi un avertissement au père Gravel.


Fin avril 1941, Thierry d’Argenlieu et Alain Savary reconnaissent avoir atteint la plupart de leurs objectifs et préparent leur retour en Angleterre. Un nouveau représentant officiel au Canada est sur le point d’être nommé en remplacement du docteur Vignal, définitivement tassé en raison de son manque de leadership et de son inefficacité. Le colonel Jacques-Émile Martin-Prével est ce nouveau représentant. Sa femme et ses quatre jeunes fils étant à Versailles, en territoire occupé, celui-ci souhaite leur épargner toutes possibles représailles pour ses nouvelles activités au sein de la France Libre. Martin-Prével empruntera désormais le pseudonyme « Pierrené », fusion du nom de deux de ses fils .


Le commandant d’Argenlieu et son aide Alain Savary rentrent finalement à Londres le 12 mai. « Ils se sont envolés tous deux hier, nos ambassadeurs de la France Libre et j’ai peine à écrire qu’ils sont si loin déjà tout en demeurant très proches », écrit Élisabeth de Miribel à Auguste Viatte. Elle ajoute avoir trouvé une paix dans l’action grâce à ces deux mois de « présence rayonnante ». Son rôle est maintenant défini : « Comme Mme Simard vous l’aura dit sans doute, le colonel Pierrené représente le Général de G. pour tout le Canada et je dépends directement de lui, bien que rattachée pour ordre au Comité de Québec, je m’occupe de la propagande à travers le pays » .


Ayant reçu de Londres des instructions claires et la nomination d’un nouveau représentant officiel ayant ses entrées au gouvernement fédéral, les Français Libres au Canada sont désormais mieux outillés pour contrer la propagande vichyste, puisqu’en cela réside leur principale mission.


Bibliographie


Éric Amyot, Le Québec entre Pétain et de Gaulle. Vichy, la France et les Canadiens français 1940-1945, Montréal : Éditions Fides, 1999.


Archives de la République et Canton du Jura (ARCJ), Fonds Auguste Viatte, 118 J 220. Lettre du 13 mai 1941, Élisabeth de Miribel à Auguste Viatte.


Archives du ministère des Affaires étrangères et Européennes (AMAEE), série Guerre 1939-1945, sous-série Vichy-Amérique, vol. 167. Lettre du 22 avril 1941, Coursier à Ristelhueber.

AMAEE, série guerre 39-45, sous-série Londres, vol. 387. Lettre écrite en avril 1941, Henri Delcellier à de Gaulle.


Jacques Lacoursière, Histoire populaire du Québec, Tome 4 : 1896-1960, Sillery : Septentrion, 1997.


Élisabeth de Miribel, La liberté souffre violence, Paris : Plon, 1981.


Dale C. Thomson, De Gaulle et le Québec, Saint-Laurent : Éditions du Trécarré, 1990.


Auguste Viatte, D'un monde à l’autre… Journal d’un intellectuel jurassien au Québec (1939-1949), Volume 1 (mars 1939-novembre 1942), édité et présenté par Claude Hauser, Québec/Paris/Courrendlin : Les Presses de l’Université Laval/L’Harmattan/Éditions Communication Jurassienne et Européenne, 2001.

vendredi 12 novembre 2010

La visite de Thierry d'Argenlieu, émissaire du général de Gaulle au Canada (Première partie)

Par Frédéric Smith
Texte inédit

Début janvier 1941, la rumeur se répand à Québec de la venue prochaine de Georges Thierry d’Argenlieu. Militaire de carrière ayant participé à la Grande Guerre puis devenu prêtre dans l’Ordre du Carmel en 1925, il est mobilisé en 1939 et promu capitaine de corvette, avant d’être fait prisonnier le lendemain de l’Appel du 18 juin pour s’échapper trois jours plus tard et rejoindre de Gaulle à Londres. Plus récemment, le père d’Argenlieu avait été nommé chef d'état-major des Forces navales françaises libres et avait participé à l’expédition de Dakar, puis dirigé la campagne du Gabon.

Le capitaine de corvette Georges Thierry d'Argenlieu et le père Louis de la Trinité, deux facettes d'un même homme. Source et date inconnues.


La venue d’un tel émissaire de la France Libre enthousiasme le comité gaulliste de Québec fondé en juin 1940 par Marthe Simard. Élisabeth de Miribel, la jeune secrétaire du général de Gaulle envoyé au Canada en août 1940, reçoit la confirmation que le commandant d’Argenlieu est bien parti pour le Canada le 25 février. Il arrive au pays le lundi 10 mars 1941, accompagné du lieutenant Alain Savary. Les deux hommes débarquent dans un port de l’est canadien non spécifié par les médias, vraisemblablement pour des raisons de censure militaire.

Le jour même, Le Canada publie un entrefilet en première page et le présente comme un prisonnier de guerre des Allemands ayant joué un rôle important à Dakar. « Il vient au pays pour faire connaître aux Français et aux Canadiens français les buts du mouvement de la France libre dirigé par le général Charles de Gaulle ». On prend bien soin de mentionner que d’Argenlieu « n’a pas l’intention de blâmer la France de Vichy durant son séjour parmi nous ». L’Action Catholique reprend aussi les mêmes thèmes, et le présente comme un « officier de marine, ancien moine français », débarqué au Canada « après une odyssée héroïque en France occupée ».

On apprend que l’émissaire du général de Gaulle arrivera dans la capitale le lendemain. Le train entre à la gare de Lévis à 15 h. Plusieurs membres des autorités civiles et militaires sont rassemblés sur le quai de la gare pour y accueillir le commandant d’Argenlieu, ainsi que plusieurs représentants des mouvements civils favorables à la France Libre. On y trouve notamment l’hon. Hector Laferté, président du Conseil législatif, le lieutenant-colonel Léon Lambert, directeur adjoint de la Sûreté provinciale, Louis-S. Durand, maire de Lévis, le capitaine A.-S. Bigaouette, directeur de la Sûreté municipale de Québec, le colonel J.-A. Sullivan, commandant des Royal Rifles, le lieutenant-colonel Émile Gravel, commandant du Régiment de Lévis et Jacques Mordret, président de la Société française de bienfaisance. S’y trouvent également Élisabeth de Miribel et le couple Simard, ainsi que les membres du comité France Libre de Québec Pierre de Varennes, René Garneau, Auguste Viatte (qui descend du train avec d’Argenlieu et Savary après les avoir interceptés à Saint-Jean-Port-Joli) et Mme W.-F. Eves.

L'Action Catholique du 12 mars 1941 annonce l'arrivée à Québec, la veille, du commandant d'Argenlieu et de son aide de camp Alain Savary.


Refusant toute entrevue avant d’avoir complété ses visites officielles, le commandant d’Argenlieu s’adresse tout de même à l’ensemble des journalistes lors de la traversée du fleuve vers Québec. Ses paroles sont rapportées par l’Action Catholique :
« Je suis très heureux que ce soit Québec qui m’offre par son soleil resplendissant sur la falaise et sur le Château Frontenac, la plus réjouissante impression de mon voyage au Canada […].

Nous avons fait un excellent voyage et j’ai beaucoup admiré les plaines que nous avons traversées en chemin de fer. Toutefois, j’avoue que nulle part le spectacle ne fut aussi impressionnant qu’ici.

Je serai heureux de vous rencontrer de nouveau demain midi, pour vous donner des précisions fort importantes sur certains points. Mais je tiens à signaler que la presse a été très louangeuse à mon égard…beaucoup trop même. Contentez-vous, je vous prie, pour aujourd’hui, de signaler mon arrivée. Car, il faut, avant que je vous parle de toutes ces choses, que je fasse certaines visites officielles ».
Le soir, D’Argenlieu, Savary et Élisabeth de Miribel dînent en compagnie d’Auguste Viatte et planifient les jours à venir. La discussion se poursuit chez le couple Simard. La journée du 12 mars est chargée pour l’émissaire du général de Gaulle. Celui-ci est reçu par le premier ministre Adélard Godbout, puis par le cardinal Villeneuve. Le commandant d’Argenlieu rencontre ensuite les journalistes au Château Frontenac, tel que promis la veille. Il fait le point sur la situation en France, sa gardant bien d’attaquer Pétain. Au contraire, le capitaine de vaisseau prétend vouloir « distinguer pour unir » et être venu en tant qu’ « ambassadeur d’union » conscient qu’il existe plusieurs façons de servir la France. Il rappelle également que c’est bien en tant que militaire fier d’avoir été mobilisé en 1939 qu’il se présente au public canadien, et non en tant que Père Carme. En après-midi, une réception est offerte à l’Hôtel de Ville par le maire Borne, « touchante, enthousiaste, québécoise », aux dires d'Auguste Viatte.

Les journées suivantes sont ponctuées de rencontres officielles et de banquets, notamment au Manège militaire de Lévis et au café du Parlement. L’émissaire du général de Gaulle se montre touché par l’accueil qui lui est fait et de l’hospitalité toute française qu’il retrouve à Québec. « J’ai la véritable sensation d’avoir trouvé une autre France », dit-il. Il affirme également poursuivre la lutte aux côtés des alliés de la France en raison de son amour de la patrie, de la famille et de Dieu, sans toutefois juger les actions de Pétain, qu’il croit servir la France avec tout son cœur.

Le premier ministre Adélard Godbout déclare pour sa part que jamais les Canadiens français n’ont autant aimé la France, tandis que Mgr Roy ajoute que l’ennemi qui a envahit la France est l’ennemi de la civilisation chrétienne, et que les Canadiens feront tout pour rétablir cette civilisation dans le monde. L’archidiacre Scott conclu en affirmant, de façon prématurée il faut le dire, qu’Hitler aura à tout le moins réussi à réaliser au Canada « l’unité des deux races », ajoutant qu’il faut « donner même au diable ce qu’il mérite ».


Bibliographie

Le Canada, 10 mars 1941, p. 1.
L’Action Catholique, 10 mars 1941, p. 3.
L’Action Catholique, 12 mars 1941, p. 9.
L’Action Catholique, 15 mars 1941, p. 13.
Auguste Viatte, D'un monde à l’autre… Journal d’un intellectuel jurassien au Québec (1939-1949), Volume 1 (mars 1939-novembre 1942), édité et présenté par Claude Hauser, Québec/Paris/Courrendlin : Les Presses de l’Université Laval/L’Harmattan/Éditions Communication Jurassienne et Européenne, 2001.

vendredi 5 novembre 2010

Philippe Rousseau, premier Canadien français tué le Jour J

Par Pierre Vennat
Texte inédit

La petite histoire a failli oublier le nom du premier militaire canadien-français mort dans l’invasion de la Normandie le 6 juin 1944. Il s’agit du lieutenant parachutiste Philippe Rousseau, de Montmagny, membre du 1er régiment de parachutistes canadiens.

Philippe Rousseau

C’est son frère, le capitaine Maurice Rousseau, membre du même régiment, qui annonça le décès du jeune officier à sa famille : « À Gondeville-sur-Mer, près de Houidate, dans le département de Calvados, en Normandie, il y a une tombe où repose Philippe. Il y a aussi une croix dédiée « au premier Canadien français à mourir dans l’invasion pour la libération de la France ». La population lui a élevé cette croix et des fleurs sont déposées chaque jour par les ordres du maire. Un service lui fut chanté par le curé de l’endroit, et ceci sous l’occupation de la France par les Allemands. »

Membre d’une famille de 12 enfants, Philippe Rousseau, après avoir étudié au Collège militaire royal de Kingston était entré au Régiment de la Chaudière en 1942. C’est alors qu’il demanda son transfert dans le 1er Régiment de parachutistes canadiens. Outre son frère Maurice, il comptait un autre frère officier, Bernard, capitaine du Régiment de Montmagny. Enfin, un autre de ses frères, Jacques Rousseau, était bien connu en tant que directeur du Jardin Botanique de Montréal.

Or, quelques semaines plus tard, en septembre, c’était au tour du lieutenant Maurice Rousseau de trouver la mort en accomplissant une mission derrière les lignes ennemies.

vendredi 29 octobre 2010

Pourquoi pas un programme pour permettre aux familles de vétérans de visiter les champs de bataille où leurs parents se sont battus?

Par Pierre Vennat
  
Cet éditorial reprend, avec quelques ajouts, un texte publié au printemps 2003 dans The Fragment, magazine de l’Association des amputés de guerre du Canada et du National Council of Veterans Association. Plus de sept ans plus tard, il est toujours d’actualité, Anciens Combattants Canada n’ayant pas bougé dans ce dossier.

*****

2002 marquait le 60e anniversaire du raid meurtrier de Dieppe où mon père, le lieutenant André Vennat, s’est fait tuer. 2002 marquait également le 85e anniversaire de la bataille de Vimy et des terribles combats de 1917, lors de la Première Guerre mondiale, alors que mon oncle, l’aspirant Jean Vennat, frère aîné de mon père, est également tombé au champ d’honneur.

Je suis un privilégié. Parce que je suis journaliste et historien militaire, j’ai pu assister en août 2002 aux commémorations du 60e anniversaire du raid de Dieppe, invité par le ministère des Anciens combattants. Mais je n’ai pas pu, cette année là, visiter la tombe de mon père : premier des officiers des Fusiliers Mont-Royal à trouver la mort dans ce raid qui vira au massacre pour nos troupes, il est tombé dans sa barge de débarquement, sans jamais, en fait, pouvoir poser les pieds sur le sol de France. Et son corps fut rapatrié en Angleterre où il fut inhumé au cimetière militaire de Brookwood.

En 1997, toujours à titre de journaliste-historien, j’avais pu, lors du pèlerinage du 55e anniversaire du raid, me rendre à Brookwood et me pencher sur la tombe de mon père. Mais en 2002, vu les compressions budgétaires m’a-t-on dit, le ministère a dû annuler la visite en Angleterre. Compliqué, quand on a un père né à Montréal, au Québec, tué sur les côtes de France lors d’un raid de commando, mais inhumé en Angleterre.

Mais je ne me plains pas. Je me considère même privilégié puisque trois fois (1982, 1997 et 2002), le gouvernement canadien m’a amené à Dieppe (une autre fois, en 1992, ce furent les autorités françaises du Département du Calvados, conjointement avec le Mémorial de Caen). Et que dans deux de ces voyages, on m’amena à Brookwood.

Par ailleurs, j’ai, par deux fois, pu me rendre où a combattu mon oncle Jean près de Vimy, Arras, Lille et la Flandre, en 1912. La première fois, en 1997, avec la délégation qui célébrait le 80e anniversaire de la bataille de Vimy et la deuxième, trois ans plus tard, en l’an 2000, alors qu’une délégation canadienne alla chercher la dépouille du Soldat inconnu, parmi les centaines de morts canadiens non identifiés reposant dans les cimetières des environs. Mais je n’ai jamais pu voir la tombe de mon oncle. À chacun des voyages, la délégation canadienne avait un programme chargé rempli de cérémonies officielles, auxquelles je devais assister et rendre compte. On m’aurait sans doute permis de me rendre dans le petit village où mon oncle est enterré, à moins d’une centaine de kilomètres du monument canadien de Vimy, mais, m’a-t-on expliqué, j’aurais dû y aller par moi-même, en taxi. Cela m’aurait coûté une petite fortune uniquement pour rendre quelques minutes dans un cimetière.

À lire, toutefois, que j’ai pu par deux fois me rendre à Vimy et par trois fois à Dieppe, on pourrait croire que je bénéficie de on ne sait trop quel patronage politique puisqu’il y a des centaines, sinon des milliers de fils ou petits-fils de vétérans, et à plus forte raison de neveux, qui n’ont jamais pu et ne pourront jamais se faire payer pareil voyage par l’État, que leur père, grand-père ou oncle soit tombé au champ d’honneur ou pas.

Je ne jouis d’aucun traitement de faveur. Je ne dis pas que le fait d’être orphelin de guerre m’ait nui. Je dis que si on m’a amené sur les champs de bataille, aux frais du gouvernement fédéral, c’est parce que j’étais  non seulement un historien militaire mais surtout attaché à un grand quotidien de langue française de Montréal (La Presse) et que je traite abondamment de ces commémorations et des sacrifices des vétérans dans les colonnes de mon journal.

La preuve en est que bien que d’autres journalistes, francophones, tout comme anglophones, ont, au cours des ans, bénéficié de telles largesses. Le fait que j’aie été, depuis 20 ans, celui qui a participé au plus de commémorations (j’ai été également deux fois commémorer l’anniversaire du débarquement de juin 1944, celui du 50e de la libération de la Hollande, et j’ai eu la chance de visiter l’Asie (Chine, Birmanie, Malaisie, Hawaï, Japon et Guam) pour commémorer le 50e anniversaire de la victoire sur les Japonais, en 1995), est dû non au fait que je sois orphelin de guerre, mais à celui que je suis un journaliste-historien qui, par ses livres, ses articles, ses émissions radiophoniques et télévisées, s’était, à ce moment là, le plus intéressé au passé militaire du Canada français au 20e siècle.

En un mot, le ministère des Anciens combattants n’invite pas d’orphelins ni de veuves de guerre à ces commémorations. Je suis un heureux hasard et une exception.  Mais je m’inquiète pour les autres.

vendredi 22 octobre 2010

Dictionnaire de la France Libre et La Seconde Guerre mondiale en caricatures

Par Sébastien Vincent

Dictionnaire de la France Libre, sous la direction de François Broche, de Georges Caïtucoli et de Jean-François Muracciole, Paris, Bouquins, 2010, 1602 p. 

Plus de 70 ans après le célèbre Appel du 18 juin, ce Dictionnaire de la France Libre retrace « une histoire collective faite, comme la Résistance intérieure, de la conjonction de destins assumés et nourrie d’initiatives individuelles», selon la formule de Jean-Louis Crémieux-Brilhac. La France Libre fut une véritable aventure, à la fois connue et méconnue.

Les multiples facettes, moments et singularités du mouvement sont pour la première fois rassemblés dans ce monumental dictionnaire historique, thématique, biographique et « mémoriel » qui compte plus de 1350 entrées. Plus de 136 spécialistes de neuf nationalités, témoins et chercheurs de renom, ont participé au projet publié sous l'égide de la Fondation de la France Libre, avec le concours de l'Union des blessés de la face et de la tête (UBFT), la Fondation « Les Gueules cassées », la Fondation Bettencours-Schueller, la Fédération nationale André-Maginot des anciens combattants et victimes de guerre, la Direction de la mémoire, du patrimoine et des archives du ministère de la Défense (DMPA).

Une bibliographie succincte, mais bien choisie, accompagne chaque notice. Les entrées traitent notamment de l’histoire du mouvement et présentent des biographies de personnages clés, comme Jean Moulin ou Pierre Brossolette, la vie intérieure de la France Libre, entre autres au niveau du recrutement, du financement, des dissidences internes, de sa perception par les vichystes, les giraudistes, les Allemands, les Anglo-Saxons et les Italiens  ainsi que  l'insertion du mouvement dans l’histoire des idées politiques. D'autres notices présentent des polémiques d’après-guerre et la place qu'occupe la France Libre dans la mémoire nationale, dans les manuels scolaires, la littérature, le cinéma et les musées. 

Un article traite spécifiquement du mouvement au Canada. Il y est question de l'appel du 1er août 1940 lancé aux Canadiens français. Cet appel cherchait, entre autres, à rallier au mouvement la plus importante communauté francophone hors de France. Mais les résultats se firent attendre puisque jusqu'en 1941 au moins, la France Libre « eut à souffrir au Canada d'une relative indifférence ». Survint ensuite une lente période de reconnaissance, grâce notamment aux actions d'Élisabeth de Miribel, représentante de Charles de Gaulle au Canada, et de celles du diplomate Gabriel Bonneau, à compter de 1943. Moins d'une année plus tard, le général, devenu président du Gouvernement provisoire, fit un voyage triomphal au Canada. En bibliographie de cette brève entrée, on retrouve notamment l'ouvrage d'Éric Amyot, Le Québec entre Pétain et de Gaulle. Vichy, la France Libre et les Canadiens français (Fides, 1999).



Les auteurs
Georges Caïtucoli est vice-président de la Fondation de la France libre, François Broche est directeur d’Espoir, la revue de la Fondation Charles-de-Gaulle, et  Jean-François Muracciole, est professeur d’histoire contemporaine à l’université Paul-Valéry de Montpellier.





Mark Bryant, La Seconde Guerre mondiale en caricatures, préface de Wiaz, traduit de l'anglais par Christian Séruzier, Paris, Hugo et Cie, 2009, 160 p. 

Propagande éhontée, humour ravageur, violence du trait... rien n'échappe aux crayons acérés des dessinateurs. Et c'est toute l'histoire de la Seconde Guerre mondiale qui défile, depuis l'ascension du nazisme jusqu'aux liesses de la Libération. 

Plus de 350 caricatures des années 1939-1945, en noir et blanc et en couleurs, sélectionnées parmi 5000 dessins! Issues des journaux, des affiches ou des camps de prisonniers, elles nous font autant partager le point de vue des Alliés que celui des forces de l'Axe. 

Un livre aussi passionnant que divertissant! Une façon originale d'aborder le conflit.

À lire aussi, l'article de l'historien Robert Aird publié sur ce site traitant spécifiquement de la caricature au Québec pendant le conflit


L'auteur
Mark Bryant est docteur en histoire et spécialiste des caricatures.

vendredi 15 octobre 2010

Nouveautés sur le blogue

Par Sébastien Vincent

Ce site existe depuis le 11 janvier 2010 et compte à ce jour plus de 75 textes rédigés par divers collaborateurs.

Depuis le 18 avril dernier, plus de 6100 visites ont été enregistrées et plus de 15 700 pages ont été consultées.

L'automne apportera quelques nouveautés.

*****

Nouvelle parution : une rubrique aux horizons élargis

Au cours des prochaines semaines, une attention particulière sera portée aux livres traitant de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale, toutes frontières confondues. Jusqu'à maintenant, le site s'était concentré uniquement sur les ouvrages ayant un lien étroit avec le Québec, le Canada et la guerre 39-45.  Il continuera évidemment de suivre l'activité éditoriale locale.

Cet élargissement des horizons aux ouvrages publiés par des éditeurs européens de langue française a pour objectif de mieux répondre aux critères de recherche formulés par plusieurs lecteurs avides d'ouvrages en lien avec l'histoire de la Seconde Guerre mondiale.

Ainsi, la rubrique Nouvelle parution présentera et commentera plus spécifiquement certains ouvrages publiés en français par des éditeurs québécois et européens.

Cette rubrique est rendue possible grâce à la collaboration de plusieurs éditeurs québécois et européens.


*****

Rubrique Ressources internet

Cette nouvelle rubrique présentera des sites internet en lien avec la thématique.


*****

Une bibliographie

Une page est maintenant consacrée à une bibliographie accessible à partir du menu situé à gauche de l'écran.

Cette bibliographie sera régulièrement mise à jour. 

Elle porte sur le Québec, le Canada et la Seconde Guerre mondiale.

Certains titres possèdent un hyperlien qui mène soit vers une recension publiée par l'un de nos collaborateurs ou vers la page de l'éditeur.

Les lecteurs sont invités à proposer des titres en écrivant à Sébastien Vincent (svincent16@hotmail.com).


*****

D'ici quelques semaines, de nouvelles rubriques s'ajouteront, sans oublier les articles de fond de nos collaborateurs. 

Bon automne et bonne lecture!