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samedi 3 septembre 2011

NOUVELLE ADRESSE pour le site "Le Québec et les guerres mondiales"!

Nous profitons de la rentrée pour lancer un nouveau design plus ergonomique, ainsi qu'une nouvelle adresse officielle :

www.lequebecetlesguerres.org

Vous y retrouverez la même qualité d'articles de fond, ainsi que les ressources que nous mettons à la disposition de nos lecteurs.

Nous espérons que votre expérience sera encore plus agréable grâce à ces modifications et vous donnons rendez-vous sur le nouveau site!

L'équipe du site "Le Québec et les guerres mondiales"

samedi 2 juillet 2011

De retour le samedi 3 septembre 2011

Chers lecteurs,

Le blogue fait relâche pour l'été et vous reviendra avec quelques nouveautés.

Entre-temps, venez discuter avec nous sur le forum! : forumquebecetlesguerres.org

Bonnes vacances !

Lectures d’été. Les guerres mondiales dans la collection de livres de poche « Tempus »

Par Sébastien Vincent
Texte inédit

La collection « Tempus » (Perrin) possède un catalogue comptant près de 400 titres à ce jour. Parmi ces derniers, plus d’une cinquantaine traitent de différents aspects des deux guerres mondiales. Présentation de quelques titres à l’heure de faire ses choix de lecture pour la saison estivale.


Panoramas des deux guerres mondiales

D’entrée de jeu, soulignons deux ouvrages de John Keegan, historien militaire anglo-saxon incontournable et auteur, notamment, d’Anatomie de la bataille (The Face of Battle). Dans La Première Guerre mondiale, Keegan présente l’ensemble du conflit 14-18 du point de vue africain, indien, américain, canadien et japonais. Il traite d’enjeux nationaux et des tensions sur les lignes de front. Une analyse dense, complète et originale qui démontre combien la guerre fut avant tout une expérience profondément humaine : « La camaraderie née dans les complexes tranchées du front de l’Ouest et de l’Est lia de parfaits étrangers dans une étroite fraternité et éleva les amitiés régimentaires classiques au rang de liens du sang. Des hommes que les tranchées rendirent intimes firent preuve d’une abnégation et d’une confiance réciproque bien que plus fortes que toutes les amitiés nouées pendant la paix. Tel est le plus grand des mystères de la Première Guerre mondiale ». La bibliographie commentée présente de nombreux ouvrages en anglais.

« La Première Guerre mondiale explique la Seconde. En fait, elle l’a provoqué dans la mesure où un événement en entraîne un autre ». Ainsi s’ouvre La Deuxième Guerre mondiale. Suivant l’ordre chronologique, John Keegan livre ici une analyse aussi éclairante que dans son livre consacré à la Grande Guerre. La première partie traite de la guerre à l’Ouest, entre 1940 et 1943. L’historien présente d’intéressants développements portant sur la Blitzkrieg, la bataille d’Angleterre et sur la logistique de la bataille de l’Atlantique. Il aborde ensuite la guerre à l’Est, entre 1941 et 1943, notamment l’opération Barberousse. La troisième partie aborde la guerre du Pacifique, entre 1941 et 1943, soit de Pearl Harbor à la bataille de Midway. Keegan opère ensuite un retour sur la guerre à l’Ouest, cette fois de 1943 à 1945, en s’attardant sur les opérations en Afrique, en Italie, dans les Balkans, en Normandie (opération Overlord et Falaise) ainsi que sur les bombardements stratégiques sur l’Allemagne. Les deux dernières parties se penchent sur la guerre à l’Est et dans le Pacifique, entre 1943 et 1945. L’épilogue constitue une bonne synthèse de l’héritage de la Seconde Guerre mondiale. Une bibliographie aurait été appréciée.


Une chronologie commentée de la Seconde Guerre mondiale

La Chronologie commentée de la Seconde Guerre mondiale d’André Kaspi, écrite en collaboration de Ralph Schor et de Nicole Pétri, s’avère un incontournable instrument de travail qui peut se lire d’une couverture à l’autre. Initialement parue en 1990, elle était devenue quasi introuvable. Du Japon à l’Europe, des États-Unis à l’Union Soviétique, sans oublier le Moyen-Orient, l’Afrique et l’Amérique du Sud, cette chronologie s’ouvre le 4 janvier 1939 et se clôt le 12 septembre 1945. Elle raconte en un style accessible les événements qui, sur terre, sur mer et dans les airs, ont marqué le déroulement du conflit. Certes, l’histoire des batailles occupe une place importante, mais les auteurs ont aussi considéré les grandes évolutions économiques, les changements politiques et les décisions diplomatiques. Des encadrés présentent une synthèse de la vie des grands acteurs que furent notamment Staline, Hitler, Pétain, Laval, etc. Raconter la Seconde Guerre mondiale en choisissant des dates contraint nécessairement à faire des choix, sinon à se limiter à des propos généraux. Par exemple, le raid de Dieppe est traité en six lignes. En date du 19 août 1942, on lit : « Des unités anglo-canadiennes lancent une attaque contre Dieppe. Cette opération, destinée à éprouver la force de résistance de la défense allemande à l’Ouest, se solde pour l’attaquant par de lourdes pertes. Hitler ordonne de renforcer le mur de l’Atlantique particulièrement autour des ports, afin de se parer au risque d’invasion. » Par contre, les conférences de Québec (17-24 août 1943 et 11-15 septembre 1944) sont largement décrites. L’index est fort détaillé, mais il aurait été intéressant de proposer une bibliographie qui, compte tenu de l’ampleur du sujet, aurait au moins pu témoigner des percées historiographiques des dernières années.


Mais qu’allait faire Rudolf Hess chez les Britanniques?

Dans la nuit du 10 mai 1941, Rudolf Hess, le bras droit d’Hitler, se rendit secrètement en Écosse, seul aux commandes de son Messerschmitt. Il sauta en parachute non loin de Glasgow alors que son appareil essuyait les tirs de la DCA. Aussitôt recueilli par les autorités britanniques, il voulut discuter avec le duc d’Hamilton afin que ce dernier agisse à titre de médiateur dans le cadre d’un projet de paix entre l’Allemagne nazie et la Grande-Bretagne. Les Anglais l’emprisonnèrent dès qu’ils s’aperçurent qu’il n’avait rien de consistant à offrir. Hitler prétendit que Hess était devenu fou et qu’il avait agi selon sa seule initiative. Hitler était-il au courant du projet de Hess? Le principal intéressé garda silence pendant les quelque quarante années d’emprisonnement qu’il subit, en fait jusqu’à sa mort en 1987. Martin Allen, historien anglais, propose ici un travail d’archives et d’enquête très fouillé sur un mystérieux épisode de la Seconde Guerre mondiale.



Le grand jeu de dupes entre Staline et Hitler

Gabriel Gorodetsky est professeur d’histoire à l’université de Tel Aviv. À partir d’archives soviétiques inédites, notamment les fichiers du ministère russe des Affaires étrangères, de l’état-major, des forces de sécurité, et sur la totalité des archives des services secrets militaires dont Staline disposait à cette époque, l’historien se penche dans Le grand jeu de dupes. Staline et l’invasion allemande sur le mystère de l'invasion de la Russie par Hitler en 1941 (opération Barberousse) et sur l’attitude énigmatique de Staline à la veille de l’attaque. Une certaine historiographie russe a longtemps affirmé qu’entre 1939 et 1941, Staline aurait préparé une guerre révolutionnaire contre l’Allemagne nazie. Gorodetsky conteste à la fois cette vision officielle russe et la vision occidentale qui soutient que Staline s’est cruellement trompé face à Hitler. D’après les archives consultées par Gorodetsky, Staline aurait en réalité préparé une conférence de paix où auraient été révisés un certain nombre d’accords qui avaient été imposés son pays. Croyant pouvoir imposer un nouvel ordre européen, il sous-estima le danger allemand. Cette erreur de diagnostic, tout comme sa méfiance continuelle face à la Grande-Bretagne, l’amena à nier l’évidence que lui montraient ses services secrets et les services secrets britanniques. La détermination de Staline à apaiser l’Allemagne entraîna une série de gaffes militaires à l’origine, selon Gabriel Gorodetsky, de la tempête de feu qui s’abattit sur la Russie, dès le 22 juin 1941.


Des Allemands "ordinaires"

Dans Ils ont vécu sous le nazisme, Laurence Rees, historien et directeur des programmes historiques de la BBC, est parti à la rencontre d’Allemands « ordinaires » ayant connu le nazisme : « Ce que j’ai tenté de faire ici, c’est de pénétrer aussi profondément que possible la nature essentielle du nazisme. Il ne s’agit donc pas de raconter l’histoire de la Seconde Guerre mondiale ou de faire le récit de toutes les décisions militaires importantes du conflit, mais de comprendre les raisons pour lesquelles les Allemands et leur alliés ont fait ce qu’ils ont fait ». Pour ce livre, comme pour les séries télévisées qu’il réalisa dont The Nazis. A Warning from History (1997), Rees se fonde sur des centaines d’entretiens inédits « dont beaucoup avec d’anciens membres du parti nazi […], des gens qui adulèrent Hitler, travaillèrent pour Himmler, combattirent sur le front de l’Est et commirent des atrocités alors qu’ils appartenaient à la SS ». La plupart de ces gens sont aujourd’hui décédés. Pour l’auteur, « leur soutien au IIIe Reich avait une dimension qui n’avait rien de rationnel. Il était en fait émotionnel et fondé sur la foi. La dimension quasi religieuse du nazisme est évidente ». Hitler, être charismatique, toucha à quelque chose de profond dans la psyché humaine en proposant une forme d’autorité empreinte de visions et de rêves. Il fut un être « extraordinaire qui exploita avec succès les émotions du peuple allemand » qui était, dans sa grande majorité, disposé à être influencé, à entendre qu’ils étaient supérieurs aux autres simplement en vertu de leur naissance. Considérant qu’une étude du nazisme abordée à partir de trajectoires individuelles offre une certaine compréhension de la nature humaine, la lecture de ce livre s’avère captivante, dérangeante, voire troublante par moments.  


Les généraux allemands parlent

Initialement paru en 1948 sous le titre The Other Side of the Hill, traduit l’année suivante en français, ce livre est « considéré comme un classique outre-Manche et outre-Atlantique », écrit le préfacier Antoine Bourguilleau. On trouve ici la traduction de l’édition définitive. Basil Henry Liddell Hart (1895-1970) fut un grand maître anglais de l’histoire militaire. Les généraux allemands parlent narre la Seconde Guerre mondiale à partir des récits des généraux allemands que Liddell Hart a lui-même consigné dès 1945. Il n’a pu interroger ni Keitel, ni Jodl, ni Dönitz, ni Göring, car tous se trouvaient en attente de leur procès à Nuremberg. « Lidell Hart rencontra de nombreux généraux et put s’entretenir avec eux de la manière dont ils avaient perçu le conflit, de leurs choix stratégiques, de leurs relations avec Hitler et de leur perception de la stratégie des Alliés ». Comme le fait remarquer le préfacier, l’ouvrage comporte des limites : il n’est aucunement fait mention des crimes de guerre perpétrés par l’armée allemande, ni de la politique raciale du Troisième Reich. Par ailleurs, « Lidell Hart fait également l’impasse sur les questions navales et aériennes qui ne sont mentionnées que dans le cadre de leur appui aux opérations terrestres. On s’en doute également, au vu des témoins rencontrés, la guerre dans le Pacifique n’est pas davantage évoquée ». Ces remarques faites, ce livre s’avère singulier en se présentant « sous la forme d’un fondu-enchaîné de témoignages d’officiers et du récit chronologique de l’auteur […]. Les confessions de Rundstedt, de Student, de Blumentritt, de Manteuffel, mais aussi […] de Kesselring ou de Guderian, illustrent le récit général des opérations ». On en apprend également sur des opérations planifiées, mais non exécutées : invasion de l’Angleterre, de Malte, de Gibraltar ou de l’Espagne. On lit aussi sur les dissensions qui ont sévi au sein du haut commandement quant aux opérations à mener à la suite de l’invasion de l’Union soviétique. Au final, cette somme de témoignages de militaires de haut rang recueillis immédiatement après la guerre offre un riche portrait d’ensemble de l’état-major allemand, de l’appareil d’État nazi et de ses dysfonctionnements. Sans oublier le portrait d’Hitler qui s’en dégage : « Le dictateur apparaît comme un homme de plus en plus coupé des réalités du terrain et de moins en moins désireux de se les faire rappeler, entouré d’une cohorte d’officiers ne lui disant plus que ce qu’il avait envie d’entendre, persuadé d’être entouré de traîtres et d’incapables […] ». Un ouvrage clair et précis qui s’adresse à un large public. Soixante ans après sa parution, il demeure sans contredit un document exceptionnel.


Deux biographies écrites par un historien québécois


Benoit Lemay œuvre à l’université de Montréal. Il est spécialiste d’histoire militaire et de l’Allemagne et auteur de deux biographies de militaire de haut rang de l’appareil nazi : Erich von Manstein et Erwin Rommel. Le feld-maréchal allemand Manstein (1887-1973) fut le maître tacticien d’Hitler. Il fut l’homme de la guerre éclair et du plan opérationnel de la campagne de France de mai-juin 1940 et de plusieurs coups stratégiques de génie en Pologne et en Union Soviétique. Était-il le plus grand génie opérationnel, voire le meilleur stratège de la Seconde Guerre mondiale? Les historiens militaires sont presque unanimes à le considérer comme ayant été « le plus grand talent stratégique et le plus habile tacticien de la guerre de mouvements chez les généraux allemands de la Seconde Guerre mondiale », soutient Benoit Lemay. Il est pourtant peu connu en Occident, principalement à cause d’un certain « américano-centrisme qui amenait à s’intéresser surtout au théâtre des opérations de l’Europe de l’Ouest et de l’Afrique du Nord. Or, comme la plupart des nombreux faits d’armes de Manstein se sont déroulés sur les champs de bataille de la Russie bolchévique, les historiens anglo-saxons et français ne lui ont accordé que peu d’intérêt », soutient Lemay. Fondée sur des archives inexplorées, cette biographie critique, la première en français, montre le rôle important joué par le manœuvrier d’Hitler. « Grand militaire, mais homme au sens politique peu aiguisé, Manstein était très représentatif de la caste militaire germano-prussienne de son époque. À travers lui se profile ainsi le destin d’autres officiers de haut rang ayant combattu lors de la Seconde Guerre mondiale, en particulier sur le front de l’Est. De là l’importance d’une biographie sur ce personnage qui a servi son Führer jusqu’à la fin. En fait, l’étude du comportement indulgent de Manstein envers les exactions nazies, pendant et après la guerre, nous aide davantage à comprendre pourquoi l’armée allemande s’est faite volontairement l’instrument de la politique d’expansion hitlérienne. Une telle biographie n’est pas seulement importante pour l’histoire de la guerre et pour la connaissance des opérations d’un stratège exceptionnellement talentueux. Elle permet aussi de pénétrer dans le monde de la pensée, des conceptions et de la psychologie d’un officier de haut rang qui a joué un rôle de premier plan dans les préparatifs et la conduite de guerres d’agression, ainsi que dans les actions contraires au droit de la guerre commises par la Wehrmacht pour le compte du régime national-socialiste ».



Après avoir travaillé sur Manstein, Benoit Lemay s’est intéressé à Erwin Rommel (1891-1944), « le plus connu des généraux allemands de la Seconde Guerre mondiale ». Commandant de la 7e dividion blindée lors de l’invasion de la France, il fut ensuite nommé commandant des forces militaires allemandes en Afrique du Nord. À la tête de l’Afrika Korp, « le Renard du désert » imagina des stratégies de défense que certains généraux allemands réutiliseront tout au long du conflit. Le 14 octobre 1944, il mourut après avoir avalé du poison. Quatre jours plus tard, le régime organisa de grandioses funérailles en son honneur, lui qui était apprécié du peuple allemand. Contrairement à la légende qui a fait de lui le soldat allemand exemplaire qui imposa le respect pour avoir su maîtriser l’art de la guerre tout en maintenant une réserve certaine avec le régime nazi, le Rommel que présente Lemay à partir d’archives et de correspondances privées aurait été un partisan convaincu d’Hitler. Son auréole de gloire serait en partie redevable à la propagande nazie qui en a fait un « dieu de la guerre » issu du peuple. Intéressante et accessible, l’ouvrage s’avère passionnant lorsqu’il s’attarde sur « le mythe Rommel ».  

Bonne lecture et surtout, bonnes vacances !


samedi 25 juin 2011

Henri Benoit s’est fait offrir la mairie de Reims. Les soldats de l’ombre (8)

Par Pierre Vennat
Texte inédit

Les exploits d’Henri Benoit lui valurent tout un article avec sa photo dans le quotidien montréalais La Presse du 22 décembre 1944. On y signalait qu’Henri Benoit, un Québécois, n’aurait jamais soupçonné, un an auparavant, le rôle qu’il devait jouer dans l’invasion de la France.

En 1942, il menait, le soir, la vie calme d’un militaire de l’arrière, en tant que cadet membre du Corps École des Officiers Canadiens (COTC) de l’Université de Montréal. Le jour, il travaillait comme électricien pour le compte de la compagnie de tramways afin de payer les études universitaires qu’il menait en cours du soir.

Il s’enrôla quelques mois plus tard dans l’active, fit son cours d’officier à Brockville, puis fut nommé instructeur à Farnham.  Âgé de 35 ans, il croyait bien devoir demeuré là jusqu’à la fin de la guerre. Il reçut finalement l’ordre de partir outremer, non pas pour se joindre à l’infanterie, mais bien pour y suivre un cours de parachutiste. On le versa ensuite dans le service secret et on décida de l’envoyer en France préparer l’invasion.

Benoit fut parachuté dans la région de Lyon, mais devait travailler à Reims. Il avait comme seul compagnon un radiotélégraphiste sud-africain qui avait vécu 13 ans à Paris avant la guerre. Ses instructions étaient de ne pas s’attarder à organiser le maquis, tâche confiée à quelqu’un d’autre, mais plutôt de repérer et pointer des objectifs stratégiques pour que l’aviation alliée puisse les bombarder.


Le début de sa mission fut difficile et dangereux. En effet, Benoit ne savait pas à qui s’adresser à Reims où, selon ses instructions, il devait établir un réseau d’espionnage capable de découvrir où les Allemands cachaient leurs défenses avec énormément de soin. Il n’y connaissait personne, pas plus que la ville. Toutefois, il savait que la Gestapo y était très présente.

Après avoir trouvé une chambre, il entra dans un bar, discuta avec le patron, s’assura de son patriotisme, mais quand il lui offrit de travailler pour lui, celui-ci se rebiffa, le prenant pour un agent de la Gestapo. Ayant retrouvé son télégraphiste à 20 kilomètres de là, il réussit à lui faire confirmer son identité par la BBC et put enfin, après quelques jours, rassurer le tenancier du bistro. Celui-ci envoya sa femme à la campagne, ferma son bistro et consentit à suivre Benoit.

La Gestapo était très présente dans la région et s’était assurée, grâce à de l’argent et des menaces, la collaboration de plusieurs Français. Elle était sans pitié pour ceux trouvés coupables de participer à la Résistance. Chaque soir, Benoit, qui couchait dans un hôtel en face de la kommandatur, pouvait entendre les cris horribles d’hommes et femmes torturés par la Gestapo.

Après de nombreuses recherches menées en juillet 1944dans la région, Benoit découvrit à Rilly-la-Montagne, petit village situé à cinq kilomètres de Reims, la base d’où les Allemands lançaient leurs avions-robots V-1 qui semaient la terreur à Londres et d’autres villes britanniques. Les Allemands avaient creusé un tunnel de 13 kilomètres sous la montagne et y avaient enfoui ces fusées meurtrières. Ayant découvert le pot aux roses, Benoit s’empressa de télégraphier à Londres. Dès le lendemain, des avions alliés bombardèrent la montagne et finirent par détruire complètement le tunnel, le rendant ainsi inutilisable pour les dangereux V-1.

Benoit travaillait non seulement le jour à espionner ici et là, mais la nuit il se livrait à divers actes de sabotage avec un maquis de quelque 700 à 800 membres, notamment en bloquant des routes, faisant sauter des ponts, des poteaux de téléphone ou des entrepôts de munitions.

Pour couper les communications reliant Reims au quartier-général de Berlin, Benoit se procura de l’acide sulfurique sur le marché noir, trouva l’emplacement des fils, versa de l’acide sulfurique dessus et réussit à dissoudre le métal, interrompant ainsi les communications à quatre jours avant l’arrivée des troupes américaines dans la région, le 7 septembre.

Reconnu comme héros par les gens de Reims, Benoit se fit même offrir la mairie après l’arrestation du maire en place pour collaboration avec l’ennemi. Revenu au pays quelques mois plus tard, Benoit déclara qu’il aurait été prêt à repartir et recommencer.

Ses exploits lui valurent la Croix de Guerre avec palme de la part des Français, tandis que les Britanniques l’ont fait Membre de l’Ordre de l’Empire Britannique (MBE).

samedi 18 juin 2011

Pierre Meunier au pays des amours de son père. Les soldats de l’ombre (7)

Pierre Vennat
Texte inédit

Lorsque le capitaine Pierre Meunier fut parachuté en France pour prendre contact avec la Résistance française afin de lui fournir les armes nécessaires pour aider l’avance des Alliés et lui enseigner leur maniement, c’était pour lui un retour aux sources, puisqu’il était, en effet, né en France.

Pierre Meunier avait alors 27 ans et comptait déjà dix ans d’ancienneté dans les Forces armées canadiennes. Il s’était enrôlé à 16 ans dans les Canadian Grenadiers Guards. Son père, Henri Meunier, journaliste à La Presse, avait servi en France avec l’armée canadienne durant la Première Guerre mondiale, y avait épousé une Parisienne d’origine alsacienne, laquelle avait accouché de Meunier en sol français avant de rejoindre son époux au Canada.

Après avoir servi dans les Canadian Grenadiers Guards, Meunier fut versé aux Fusiliers Mont-Royal au début de la Seconde Guerre mondiale. C’est en tant que membre de ce régiment qu’il a traversé outremer. Passé aux services spéciaux, il fut parachuté non pas une, mais deux fois en France occupée.

Sa première descente se déroula sans problème et fut couronnée de succès. Il eut vite fait de se mettre en contact avec les forces de la Résistance. Des généraux lui demandèrent, comme à d’autres officiers canadiens parachutés derrière les lignes, des conseils sur leurs plans de bataille. Peu après le débarquement en Normandie, sa mission terminée, le capitaine Meunier retourna en Angleterre.

Peu après, on décida à nouveua de le parachuter en France. Cette fois, la sauce faillit se gâter. Le vent l’expédia à huit kilomètres de l’endroit où devait tomber son parachute. De plus, il pleuvait, il faisait noir et Meunier ne savait pas exactement où il se trouvait, ni s’il était tombé en plein milieu des positions allemandes.

Marchant au hasard, Meunier frappa à la porte d’une ferme, mais le propriétaire, méfiant, ne voulut pas lui ouvrir. Heureusement, Meunier était porteur d’une lettre du haut commandement allié. Il prit la chance de la montrer au fermier, qui accepta finalement de le laisser entrer chez lui pour la nuit. Il le mit en contact le lendemain avec des représentants des Forces françaises de l’intérieur des environs. Meunier put ainsi rejoindre, bien qu’en retard, son objectif.

Au cours de ce deuxième voyage en France occupée, il réussit, avec l’aide de l’ambassadeur de Suisse auprès du gouvernement de Vichy, à convaincre le commandant d’une petite ville française de capituler sans y faire de dommages. Les Allemands ne voulaient pas se rendre aux résistants, qu’ils considéraient comme des « terroristes » mais, apprenant que les maquisards étaient commandés par un officier canadien, ils acceptèrent de déguerpir sans faire le coup de feu.

Meunier garda un très bon souvenir de ses séjours en France et des Français de la Résistance. Il se souvint également avec émotion des fleurs présentées par des fillettes, alors qu’il s’était pourtant amené dans leur ville sans s’annoncer.

samedi 11 juin 2011

Pierre Chassé, le jeune colonel qui capturait des généraux. Les soldats de l’ombre (6)

Pierre Vennat
Texte inédit

Avec tous les récits et les films authentiques ou romancés présentant la Seconde Guerre mondiale, il est presque inconcevable que personne n’ait songé à rédiger une biographie du colonel Pierre Chassé, ancien commandant du Royal 22e Régiment de 1960 à 1962.

En effet, il fut le seul officier canadien à avoir personnellement capturé un général allemand sur le front européen et un général japonais sur le front du Pacifique au cours du même conflit.

Pierre Chassé a eu pour père, le lieutenant-colonel Henri Chassé, titulaire de l’Ordre du Service distingué (DSO) et de la Croix militaire (MC) et pour frère, le lieutenant-colonel Henri Chassé. Tous deux furent commandants du Royal 22e Régiment, le premier entre 1920 et 1924 et le second de 1965 à 1967, une première dans l’histoire militaire canadienne.

Pierre-Édouard Chassé connut une carrière militaire peu orthodoxe. Il dirigea des opérations de sabotage derrière les lignes ennemies d’abord en France contre les Allemands, puis en Birmanie et en Malaisie contre les Japonais. Puis, la guerre contre ces derniers étant terminée, il commanda des troupes japonaises, à l’automne 1945 contre des communistes malais qui tentaient de s’emparer de ce pays.

Chassé fut le seul officier d’active parmi les 28 Canadiens qui servirent derrière les lignes ennemies en France, durant la Seconde Guerre mondiale. Il fut recruté en 1943 par le Special Operations Executive (SOE) pour s’entraîner en vue du travail clandestin derrière les lignes ennemies.

Il entama sa carrière militaire dans la réserve à l’âge de 17 ans, puis il transféra dans l’armée active en 1941. Il y demeura jusqu’aux années 1960.

En Italie, malgré son jeune âge, Pierre Chassé commanda une compagnie du Royal 22e Régiment, avec le grade de major, lorsque, avec son adjoint Pierre Labelle, il se fit demander s’il serait prêt à agir comme officier de liaison auprès des Forces françaises libres.

Ayant répondu affirmativement, il se fit interviewer par le major Robert Searle, lequel lui avoua travailler dans le fond pour le SOE et leur offrit de servir derrière les lignes avec les Forces françaises de l’intérieur. Les deux hommes étaient fatigués de combattre dans une guerre conventionnelle sur le front italien. On les envoya alors à Alger, en Afrique du Nord, que les Alliés avaient libéré, qui était alors partie intégrante de la France, et ville mi-arabe, mi-française.

En militaire expérimenté, Chassé n’eut pas besoin d’un long entraînement. Des instructeurs français s’appliquèrent plutôt à le transformer en Pierre Duval, artiste français, ce qui était d’autant plus vraisemblable que Pierre Chassé était un véritable peintre amateur de talent. On lui enseigna les habitudes des Français, leur façon de se comporter à table, de tenir leur cigarette, l’argot et un sergent américain l’initia au parachute. Pendant ce temps, il eut droit à des visites du major général Georges Vanier, qui agissait alors comme représentant personnel du Canada auprès des Forces françaises libres et du général Charles de Gaulle.

On parada Chassé dans les rues d’Alger de façon à vérifier si les habitants de cette ville pouvaient, en différentes situations, s’apercevoir ou non qu’il n’était pas Français. Une fois qu’on fut rassuré qu’il passait bien pour Pierre Duval, il fut parachuté en Ardèche en février 1944 en compagnie d’un colonel des Forces françaises libres chargé de tenter d’amener les résistants de la région, divisés entre communistes et anti-communistes et anti-communistes, à s’unir sous une même bannière. Chassé devait faire la liaison entre les forces alliées et la Résistance française.

Cette partie de la mission fut moins réussie, car les querelles internes continuèrent jusqu’à la Libération. Cependant, les opérations de sabotage contre les Allemands furent une réussite. C’est ainsi que, le 25 août 1944, jeune lieutenant-colonel à titre intérimaire, Pierre Chassé reçut la reddition d’un général allemand, peu friand de se rendre à des partisans dont l’absence de discipline lui faisait craindre pour la sécurité de ses hommes. Chassé garda ces prisonniers pendant un mois avant de les livrer à l’armée régulière française qui avait entre-temps débarqué sur le sol de France et gagné enfin l’Ardèche.

De l’Europe à l’Asie

Après plusieurs mois derrière les lignes, Chassé n’avait guère le goût de retourner aux activités routinières d’une armée plus conventionnelle, peu friande de toute façon de recueillir immédiatement un officier aux méthodes aussi peu orthodoxes et habitué à travailler de façon non conventionnelle. C’est pourquoi il accepta l’invitation du SOE de continuer ses opérations clandestines, cette fois-ci contre les Japonais sur le front du Pacifique.

Quelques autres officiers francophones ayant servi avec le SOE furent choisis en même temps que lui. Il est quelque peu étonnant qu’on n’ait pas songé à eux en Indochine, colonie française, au lieu de les envoyer sur le front de Birmanie, eux qui ne parlaient aucune langue orientale, n’avaient jamais mis les pieds en Asie et ne connaissaient pour ainsi dire rien à la guerre de la jungle.

Quoi qu’il en soit, Chassé s’embarqua sur un navire à Liverpool, le 24 janvier 1945, à destination de Bombay qu’il mit un mois à gagner.

Après avoir traversé l’Inde, Chassé passa les mois de février et de mars 1945 à l’Eastern Warfare School, puis à l’École de guerre de la jungle à Ceylan. Chassé était considéré comme un bon candidat pour combattre derrière les lignes ennemies japonaises. Il était brave, expérimenté et expert en communications sans fil, en sabotage et en opérations de guérilla. Mais, faut-il le rappeler, il ne connaissait rien à la jungle ni aux habitudes et coutumes des gens qui y vivaient.

En mars et en avril 1945, après avoir été parachuté en Birmanie, revêtu d’un uniforme de jungle d’officier australien, Chassé combattit derrière les lignes en tentant de rallier les différents éléments de la résistance birmane, à l’ouest de Rangoon, la capitale. Il avait avec lui deux opérateurs radio et un officier britannique. Il devait se livrer à diverses activités de sabotage et renseigner les Alliés sur les effectifs japonais encore en puissance en Birmanie.

Les Japonais quittèrent la Birmanie plus vite que prévu. C’est sans gloire que Chassé et son équipe parvinrent à Rangoon et qu’on décida de les envoyer, cette fois-ci, en Malaisie.

En Malaisie, la tâche semblait plus difficile. En effet, non seulement devait-il lutter contre les Japonais mais aussi contre les communistes malais qui, en guerre contre les Japonais, ne voulaient aucunement de la suprématie britannique. Ils souhaitaient plutôt instaurer un régime communiste en Malaisie en déclenchant une véritable guerre civile contre les Britanniques et le pouvoir des rajahs.

En juillet 1945, Chassé fut donc parachuté dans la jungle malaise. Il réussit à éviter les patrouilles japonaises. Bien que les Japonais capitulèrent officiellement en août 1945, à la suite du bombardement atomique sur Hiroshima et Nagasaki, la situation était loin d’être réglée pour lui et pour la Malaisie en général.

De fait, il fallait libérer le rajah qui s’était réfugié en Thaïlande où certains éléments de l’armée avaient fait la lutte commune avec les Japonais. Puis, il fallait réinstaurer son autorité en Malaisie où les troupes communistes avaient entamé une guerre civile qui devait durer de longs mois. Enfin, il fallait désarmer des troupes fanatiques japonaises qui, réfugiées dans la jungle, refusaient d’admettre que leur empereur avait donné l’ordre de capituler.

C’est là que Chassé, accompagné d’une équipe de seulement quatre militaires réguliers, reçut la reddition d’un général japonais et de ses troupes. Drôle de reddition, d’ailleurs, puisque Chassé dut emprunter et commander les troupes japonaises vaincues relevant de ce général pour ensuite assurer l’ordre dans la partie de la Malaisie qu’il commanda jusqu’en octobre 1945, soit deux mois après la fin officielle de la Deuxième Guerre mondiale.

Constatant que la guerre civile en Malaisie durerait certainement des mois et ne voulant nullement faire carrière comme officier britannique dans la jungle, Chassé demanda de revenir au Canada en octobre 1945. Il rejoignit le Royal 22e Régiment, qu’il devait commander ultérieurement lui aussi, comme l’avait fait auparavant son père et son frère.

Pierre Chassé se retira de l’armée à la fin des années 1960 avec le grade de colonel et alla s’établir en France, en suivant les traces de… Pierre Duval, le patronyme qu’il avait emprunté dans la clandestinité. C’est comme marchand de tableaux qu’il débuta une seconde carrière!

samedi 4 juin 2011

67e anniversaire du débarquement en Normandie

Par Sébastien Vincent

Le lundi 6 juin 2011 constituera le 67e anniversaire du débarquement des troupes alliées en Normandie. Rappelons que des milliers de Québécois prirent part à l'opération OVERLORD, que ce soit dans les unités de parachutistes, dans l'aviation, la marine ou l'infanterie. Un seul régiment d'infanterie canadien-français participa au débarquement en tant que tel: le régiment de la Chaudière. Celui-ci débarqua sur la plage Juno, secteur Nan White vers 8 h 30, en face de Bernières-sur-Mer. Le débarquement en Normandie inaugura le vaste mouvement de libération de l'Europe de l'Ouest tandis que les Soviétiques menaient des combats infernaux contre la Werhmacht sur le front de l'Est. En ce sens, il constitue un des moments clés de la Seconde Guerre mondiale.

À l'occasion de cet anniveraire, l'équipe du site Le Québec et les guerres mondiales vous invite à consulter notamment les articles suivants:

La blonde Sonia Butt, reine des Amazones modernes. Les soldats de l’ombre (5)

Pierre Vennat
Texte inédit

Guy d’Artois avait pour épouse le lieutenant parachutiste Sonia Butt. Celle-ci a accompli derrière les lignes le même travail que lui. Seul couple jamais chargé d’une mission semblable par les services secrets britanniques, leur expérience constitue un événement unique dans l’histoire de la guerre, digne d’un roman de cape et d’épée. La Presse du 22 décembre 1944 a baptisé Sonia Butt de « reine des Amazones modernes ».

La vie a d’étranges surprises. Pour le capitaine d’Artois et le lieutenant Sonia Butt, elle a pris le dehors d’une fin séduisante.

Guy d’Artois,  membre du Corps d’école des officiers canadiens (COTC) à l’Université de Montréal, a franchi l’Atlantique dès le début des hostilités. Revenu en Amérique, il participa notamment à la conquête de l’île de Kiska, dans les Aléoutiennes, au printemps de 1943, puis il retourna outremer et subit un entraînement spécial pour être parachuté en France.

Au début de la guerre, Sonia Butt, qui n’avait que 15 ans, étudiait dans un couvent français en Italie. Aussitôt rentrée en Angleterre, bien qu’adolescente, elle entra dans le corps auxiliaire de l’aviation (WAAF) pour, subséquemment, subir elle aussi un entraînement spécial pour être parachutée en France.

Dans l’exercice de leur fonction, d’Artois et Sonia Butt se rencontrèrent.

Sans le savoir, les autorités militaires facilitèrent cette délicieuse idylle naissante : elles désignèrent les deux jeunes gens à suivre leurs cours de parachutisme ensemble.

Ce fut le coup de foudre. 

Sonia Butt 
Du strict point de vue militaire, Guy D’Artois et Sonia Butt n’étaient pas considérés comme un couple marié par les autorités militaires qui ne tinrent pas compte de leur statut matrimonial et leur assignèrent des missions séparées, se trouvant ainsi à donner un caractère tout à fait unique, original et exclusif, à leur commune carrière.

D’Artois reçut le premier l’ordre de partir pour la France. Aussitôt parachuté, il se mit à la besogne. Cinq jours plus tard, le lieutenant-parachutiste Sonia Butt reçut un ordre semblable Ayant fait ses études dans un couvent de religieuses françaises, chez les Sœurs de la Sainte-Trinité et catholique, elle pouvait facilement passer pour Française. C’est donc sous l’identité d’une Parisienne prénommée « Marcelle » qu’on l’envoya en Sarthe où elle réussit à circuler librement sans éveiller les soupçons.

Sans recevoir de nouvelles l’un de l’autre, le couple d’Artois-Butt se consacra à ses missions, chacun de son côté. Pendant que l’époux capitaine sabotait les installations allemandes, l’épouse lieutenant désorganisait les défenses de l’ennemi.

Peu de femmes ont reçu semblable mission du commandement allié de Londres. Chose certaine, Guy d’Artois et Sonia Butt formèrent le seul couple marié qui fut parachuté en France et qui a dirigé des opérations de maquis.

La chose est unique dans toute l’histoire de la guerre.

Leur mission couronnée de succès après quelque six mois, d’Artois et son épouse devenue Canadienne entre-temps, repassèrent en Angleterre. Ayant bien mérité un peu de repos après avoir connu nombre de dangers et d’aventures, ils arrivèrent au Canada en décembre 1944. Le lieutenant Butt fut alors démobilisée, mais le capitaine d’Artois, après quelques temps de repos, reprit du service jusqu’à la fin de la guerre.

Butt avoua qu’elle se trouva un jour dans une situation très embarrassante. Peu après le « Jour J », quelques militaires allemands entourèrent la voiture qu’elle conduisait alors qu’elle voyageait en compagnie d’autres membres de son groupe. « Les soldats ennemis nous questionnèrent, raconta-t-elle. Nous étions en tête de l’avance américaine, mais il fallait absolument détourner les soldats allemands de notre route. Alors, nous affirmâmes être des collaborateurs à la recherche des troupes alliées. Les Allemands semblèrent satisfaits de notre réponse et nous laissèrent aller ».  Trois jours plus tard, Sonia Butt et ses compagnons rejoignaient enfin les lignes alliées avec des informations privilégiées.

Elle raconta, qu’abandonnant leur véhicule, ses camarades et elle-même voyagèrent à pied, arrêtant chez les fermiers pour y trouver nourriture et abri et laissant croire à tous qu’ils n’étaient que de simples civils français. Durant son séjour en France, l’ennemi tenta de la tuer à plusieurs reprises, mais toujours sans succès.

Au cours de ses entretiens avec les journalistes, Guy d’Artois révéla qu’il avait remporté de France un important trophée, en l’occurrence un drapeau tricolore avec les armoiries du duc de Bourgogne, que des Françaises lui avaient brodé pour le remercier de sa contribution à leur libération. Ce drapeau était recouvert de la signature de tous les chefs de section de maquisards ayant servi à ses côtés.

Mais son plus beau trophée demeura certainement d’avoir ramené au pays sa conjointe Sonia Butt, laquelle, pour ses exploits, fut décorée de l’Ordre de l’Empire britannique (M.B.E.)


samedi 28 mai 2011

Yvon Robert : champion mondial de lutte et sergent des Fusiliers Mont-Royal

Par Pierre Vennat
Texte inédit

Automne 1942 : au lendemain du raid sanglant de Dieppe le 19 août, des centaines de membres des Fusiliers Mont-Royal croupissent comme prisonniers de guerre en Allemagne et en Pologne. Ceux-ci ont besoin de tout : des vêtements pour pallier aux uniformes souvent déchirés et inutilisables qu’ils portaient lors du raid, des cigarettes, des vivres non périssables pour compléter le régime de famine des camps de prisonniers, des livres ou revues à caractère non politique que leurs gardiens laisseraient passer, des jeux de société, etc.

Les Dames auxiliaires du régiment, épouses ou amies d’officiers pour la plupart, ne suffisaient plus à la tâche. Sans compter qu’elles devaient souvent également aider les familles de ces prisonniers à tenir le coup avant le retour du papa, du fils ou du frère, qui surviendra seulement trois ans plus tard.

C’est dans ce contexte que le commandant du 2e bataillon des Fusiliers Mont-Royal, celui qui, à Montréal, visait à entraîner les troupes de renfort qui iraient renforcer ceux qui prendraient la relève des gars de Dieppe et participeraient éventuellement à la campagne de Normandie, puis de Hollande deux ans plus tard, le lieutenant-colonel Arthur Guindon, imagina un projet d’envergure, visant à procurer des fonds au régiment pour qu’il puisse s’occuper de toutes ces œuvres.

À l’automne 1942, Montréal ne comptait pas beaucoup de vedettes, capables d’attirer les foules. Il y avait bien Gratien Gélinas et son personnage de Fridolin, mais dans le domaine sportif, le Canadien de Montréal faisait encore piètre figure, Maurice Richard, qui faisait cette année là ses débuts avec le grand club, n’ayant pas encore atteint le statut de vedette qu’il devait atteindre l’année suivante.

C’est alors que Guindon décida de rencontrer la grande vedette de l’heure, le lutteur Yvon Robert, alors « champion mondial » de la lutte professionnelle, laquelle à l’époque et jusque dans les années 60, remplissait les gradins du Forum.

Yvon Robert, né à Verdun le 8 octobre 1914, avait alors 28 ans. Surnommé Le Lion du Canada français et considéré par le magazine Ring, la bible américaine de la boxe et de la lutte, comme figurant parmi les douze plus grands lutteurs de tous les temps, fut alors soumis par Guindon à un chantage amical.

Celui-ci réussit en effet à l’enrôler dans les Fusiliers Mont-Royal en lui accordant immédiatement le grade de sergent. Puis, avec l’aide de Paul L’Anglais, alors très engagé dans le domaine du spectacle et qui, après la guerre, devait lui aussi commander les Fusiliers Mont-Royal en tant que lieutenant-colonel, il forma un comité avec le promoteur de lutte Eddie Quinn, pourtant citoyen américain, à qui il donna à lui aussi le grade de sergent.

Quinn était arrivé à Montréal en 1939. Il était le gérant de plusieurs lutteurs. Entre autres d’Yvon Robert mais aussi, par la suite, d’une autre populaire vedette de la lutte montréalaise, Édouard Carpentier. Pendant une très longue période, Eddie Quinn devint le matachmaker du Forum de Montréal. De 1939 jusqu’au début des années 1960, il présenta plusieurs centaines de programmes à Montréal et aux États-Unis, faisant de lui une des figures sportives les mieux connus de la métropole.

Sans compter que Quinn était aussi propriétaire du célèbre cabaret El Morocco, situé alors tout près du Forum, dont le gérant fut longtemps l’ancien joueur de hockey des Red Wings de Détroit, Jimmy Orlando, l’amant de la pulpeuse strip-teaseuse Lili St-Cyr. Celle-ci, après ses spectacles au Gayety situé un peu plus bas sur Sainte-Catherine (là où loge aujourd’hui le Théâtre du Nouveau-Monde) allait le rejoindre au El Morroco.

C’est donc toute une faune que Guindon, en nommant Robert et Quinn sergents, réussit à recruter.

Le 5 novembre 1942, Yvon Robert revêtait son uniforme des Fusiliers Mont-Royal pour la première fois, afin d’accueillir à Montréal l’ancien et toujours fort populaire champion du monde à la boxe Jack Dempsey, lui-même lieutenant dans la Garde côtière américaine. (US Coast Guard).

Yvon Robert sr.

Quelques jours plus tard, quelque 1 000 hommes du régiment, fanfare en tête, et des milliers d’autres Montréalais, assistèrent à un premier match de lutte où le « sergent » Yvon Robert, des Fusiliers Mont-Royal, défendit avec succès son titre.

À la suite de ce premier succès, on organisa une autre soirée de lutte au Forum, le 22 janvier 1943, au profit de l’Aide aux soldats des Fusiliers Mont-Royal. Soirée à laquelle les médias montréalais du temps accordèrent beaucoup d’importance, puisque deux « soldats-lutteurs » s’affrontaient : le champion mondial Yvon Robert, « sergent de réserve » dans les Fusiliers Mont-Royal et l’ancien champion Joe Cox, qui lui servait comme caporal dans l’armée américaine. En prime, on avait fait venir comme arbitre un autre ancien champion mondial, à la boxe celui-là, Jack Sharkey.

Encore une fois, des centaines de soldats des Fusiliers Mont-Royal et des autres régiments de la métropole assistèrent au combat, que remporta évidemment Robert, sans compter des milliers d’amateurs de lutte de la métropole. Le spectacle était agrémenté de la fanfare des Fusiliers, sous la direction du capitaine J.M. Goulet, tandis que l’aumônier des Fusiliers lors du raid de Dieppe, le major Armand Sabourin, miraculeusement sorti indemne de la fournaise, prononçait une allocution pour remercier la foule.

Cette soirée et la précédente permirent aux dames auxiliaires de ramasser quelques milliers de dollars pour leur permettre de remplir adéquatement leur rôle auprès des prisonniers du régiment et leurs familles.

Quant aux « sergents » Quinn et Robert, les archives régimentaires des Fusiliers Mont-Royal ne contiennent plus rien par la suite sur leur carrière « militaire », mais les médias continuèrent pendant des années de parler d’eux dans les pages sportives. Robert fut une des premières grandes vedettes de la lutte lorsque la télévision fit ses débuts à la télévision dans les années 50.


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samedi 21 mai 2011

Appel à tous. Mise sur pied d'une délégation visant à commémorer le 70e anniversaire du raid de Dieppe en 2012

Par Guy Bordeleau

Le 19 août 2012 auront lieu en Haute-Normandie en France les cérémonies de commémoration du 70e anniversaire du raid de Dieppe.

Petit rappel historique, le 19 août 1942 se déroulait la première tentative de débarquement des troupes alliées sur le sol français pour affronter l’occupant nazi dont la tyrannie s’étendait sur toute l’Europe. La majorité des troupes qui prirent part à ce raid étaient d’origine canadienne dont celles des Fusiliers Mont-Royal.

Malgré le cuisant échec de ce raid, qui s’est soldé par la mort de 913 hommes et 1 874 prisonniers canadiens, les citoyens de la ville de Dieppe demeurent aujourd’hui immensément reconnaissants du sacrifice que ces hommes ont consenti à la cause de la liberté.

Pourquoi faire appel aux citoyens du Québec pour participer à cet anniversaire? Tout simplement parce que, invariablement année après année, très peu d’entre-nous se présentent en Europe à ce genre d’évènement et que ce sera sans doute pour nous la dernière occasion de souligner dignement cette période tragique de la Seconde Guerre mondiale.

La mise sur pied d’une délégation dans lequel se trouve les Fusiliers Mont-Royal, la Légion Royale Canadienne, les associations dédiées à la jeunesse et des groupes de jeunes des niveaux secondaire, collégial et universitaire serait aussi une première au Québec .

Il faut saisir l’occasion pour ne pas oublier.

Ce projet rassembleur démontre qu’il est possible d’apprendre notre histoire de façon dynamique en regroupant des gens de différents horizons et générations.

Pouvons-nous réunir à Dieppe, les 18, 19 et 20 août 2012, une forte délégation en provenance du Québec? La réponse est OUI ! Il ne faut qu’une volonté ferme de votre part pour que ce projet devienne réalité.

Pour obtenir de plus amples renseignements, veuillez prendre contact par courriel avec monsieur Guy Bordeleau à l’adresse suivante: guy.bordeleau@uqtr.ca ou encore venez en discuter sur notre forum : LIEN


« Ce qu’il faut pour vaincre » Affiche de propagande de la Seconde Guerre mondiale mettant en vedette le lieutenant-colonel Dollard Ménard